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	<title>PRIX COAL 2020 - COAL</title>
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	<title>PRIX COAL 2020 - COAL</title>
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		<title>Prix COAL 2020 : Les lauréat·es</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Jun 2020 14:00:40 +0000</pubDate>
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		<title>Prix COAL 2020 : RENCONTRE AVEC PAUL DUNCOMBE, LAURÉAT</title>
		<link>https://projetcoal.org/partage/evenements/rencontre-avec-paul-duncombe-laureat-du-prix-coal-2020-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2020 13:00:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
		<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[RENCONTRES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>PROJET LAURÉAT DU PRIX COAL 2020 Paul Duncombe est né en 1987. Il vit et travaille à Caen, France. Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, Paul Duncombe explore les différentes échelles du paysage. Ses recherches successives, sur les banquises du Labrador, les tempêtes en mer Celtique, les forêts boréales, ou encore [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/DUNCOMBE_004.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-18394" title="DUNCOMBE_004" src="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/DUNCOMBE_004.jpg" alt="" width="500" height="335" /></a></p>
<p><strong>PROJET LAURÉAT DU PRIX COAL 2020</strong></p>
<p><strong>P</strong><strong>aul Duncombe est né en 1987. Il vit et travaille à Caen, France.</strong></p>
<p>Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, Paul Duncombe explore les différentes échelles du paysage. Ses recherches successives, sur les banquises du Labrador, les tempêtes en mer Celtique, les forêts boréales, ou encore les terres irradiées de Fukushima, mettent en relation la simplicité apparente des œuvres de la nature avec la technicité croissante des sociétés modernes. Du simple geste aux installations monumentales les plus complexes, ses travaux traversent les frontières et les disciplines, en s’appuyant sur des collaborations avec des spécialistes de tous horizons : biologistes, géologues, astrophysiciens, guides de haute montagne&#8230;multipliant ainsi les points de vue et les expériences. Il développe et expose ses projets en France : Le 104, 63e Salon de Montrouge, Palais de Tokyo, Galerie Thaddaeus Ropac et à l’étranger : Unicorn Center for Art (Beijing), Coopérative Méduse (Québec), Kyoto Art Center (Kyoto).</p>
<p><strong>MANICOUAGAN</strong></p>
<p>Surnommé l’Œil du Québec, le cratère d’impact Manicouagan est l’un des plus grands et des mieux préservés sur Terre. D’un diamètre de 100 km, il s’est formé il y a 214 millions d’années suite à la chute d’une météorite de 8 km. Perdu au milieu du Québec, l’Astroblème, aujourd’hui classé Réserve Mondiale de la Biosphère par l’UNESCO, abrite une faune, une flore et des particularités géologiques uniques. L’origine extra-terrestre de ces reliefs, l’histoire autochtone du territoire et l’engloutissement artificiel de vastes forêts par les eaux, donnent au site une aura mystique.</p>
<p>Paul Duncombe souhaite prolonger à Manicouagan son travail de recherche entrepris depuis 2015 en collaboration avec des naturalistes et des géologues, sur la violence des extinctions de masses et les impacts météoritiques. À partir de prélèvements physiques et numériques réalisés sur place lors d’une expédition en toute autonomie, accompagné d’une équipe pluridisciplinaire, il s’agira de représenter l’ensemble des mécanismes ayant conduit à la reconquête du site par les végétaux, les insectes et autres espèces vivantes, jusqu’aux premières nations.  Dans l’esthétique des missions d’exploration spatiales (réelles et fictives), une station électronique artisanale sera déployée dans le cratère. Avec la poésie inhérente à la naïveté du regard artistique face aux créatures et phénomènes naturels observés, ce laboratoire créatif se déploiera à la poursuite du sublime, des beautés contingentes et des preuves d’un absolu caché dans la nature.</p>
<p>À l’ère du numérique, dans un monde désormais cartographié, rationalisé, et conscient de sa finitude, ce dispositif à la fois technologique et artisanal, numérique et physique, à la croisée des sciences, du naturalisme, du survivalisme et des cultures « makers », permettra la réinvention ou la réintroduction de sens et de liens entre la crise historique initiale, la renaissance biologique du site, et les crises modernes, présentes ou à venir.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Quel est votre premier rapport sensible avec le vivant ?<br />
</strong><br />
L&rsquo;observation, la compréhension et le respect du vivant font partie de mon éducation. C&rsquo;est un héritage culturel important. J&rsquo;ai la chance d&rsquo;avoir grandi proche de la nature, entouré de toutes sortes de créatures, et c&rsquo;est toujours le cas. Comme rapport sensible déterminant, je pense à des situations concrètes comme les opérations de démazoutage des oiseaux marins à Lorient en 1999/2000 avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux). Ces expériences dans ma jeunesse ont très certainement contribué à ma sensibilité actuelle : la nature est devenue un espace que l&rsquo;on peut définir par les phénomènes anthropiques qui la détruisent et je recherche le potentiel esthétique de ce déséquilibre entre les puissances industrielles contemporaines et la fragilité du vivant ; entre une plume souillée et les 30 000 tonnes d&rsquo;un pétrolier, pour illustrer l&rsquo;exemple précédent. Il y a une part de sublime dans ces rapports de forces délétères, entre l&rsquo;humanité et la nature, entre la civilisation et le vivant.</p>
<p><strong>Comment est né votre intérêt pour les impacts météoritiques sur le vivant ?<br />
</strong><br />
Il faut se représenter un projectile de plusieurs kilomètres traversant l&rsquo;atmosphère en à peine un clignement d&rsquo;œil. La liquéfaction instantanée de la roche sur 10 000 mètres de profondeur. Une épaisse colonne de matière qui s&rsquo;élève jusqu&rsquo;à la stratosphère, puis enveloppe la planète entière. Des séismes de magnitude 12, des raz-de-marée dévastateurs, des irruptions volcaniques, des tempêtes de feu, des incendies généralisés&#8230; et dans ce chaos, la vie, qui se heurte violemment à la matière.<br />
Lorsque l&rsquo;on s&rsquo;intéresse au cosmos, il est moins question de la fragilité du vivant que de son absurdité. L&rsquo;histoire de l&rsquo;univers est celle d&rsquo;une série de catastrophes démesurées et certaines cicatrices à la surface de la Terre nous rappellent que nous sommes de passage dans ce récit fait de trajectoires célestes, de matières en fusion et de particules. La beauté de ce qui nous entoure vient de là, de cette dérive sidérante, de la contingence des évènements et de la finitude du vivant dans cette éternité minérale. Ici aussi je m&rsquo;intéresse au déséquilibre entre ces différentes forces et à la résilience des espèces animales ou végétales. Un astroblème est un musée à ciel ouvert, un mémorial qui parle de la fin du monde mais aussi du recommencement.</p>
<p><strong>Comment avez vous découvert l&rsquo;astroblème de Manicouagan ? </strong></p>
<p>Lors d&rsquo;une résidence en 2015 au Québec, je suis parti vers la Côte-Nord, jusqu&rsquo;au Labrador, initialement à propos de « l&rsquo;Iceberg Alley ». Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule piste à travers la forêt et celle-ci mène à l&rsquo;astroblème de Manicouagan. Pour un humain moyen, l&rsquo;horizon se situe à environ 5km et ce cratère en fait 100. C&rsquo;est là que j&rsquo;ai pris toute la mesure de cette incroyable violence et de ses répercussions supposées sur le vivant, à l&rsquo;échelle locale puis planétaire. Ces paysages brisés dévoilent en fait la véritable identité du monde et des créatures qui le peuplent. Quelque chose d&rsquo;absolu, comme une implacable mécanique de chute, de gravité contre laquelle l&rsquo;élan ascensionnel de la vie est en perpétuelle résistance. Hébergé à la station scientifique Uapishka, j&rsquo;ai commencé à me documenter et à dialoguer avec des scientifiques qui travaillaient sur le site. Cela a amorcé une série de projets sur les crises biologiques : Trias-Jurassique, Crétacé-Paléogène, jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui l&rsquo;extinction dite de l&rsquo;Holocène.</p>
<p><strong>Quel est votre rapport la science fiction ?<br />
</strong><br />
Quel qu&rsquo;en soit la nature, les imaginaires développés dans les œuvres cinématographiques, littéraires, ou même les jeux vidéos, ne sont que le reflet de notre présent. Dans le foisonnement actuel de dystopies futuristes, qu&rsquo;elles soient d&rsquo;ordre technologique ou politique, il y a sans doute une part de prophétie autoréalisatrice. Selon moi, la science-fiction, nous sommes déjà en plein dedans, nous la vivons au quotidien. C&rsquo;est donc une influence majeure dans mon travail artistique.</p>
<p><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyen ?<br />
</strong><br />
La nature est aussi un espace politique et j&rsquo;ai parfois été impliqué dans des actions écologistes plus militante. Mais je pense aujourd&rsquo;hui que le réel engagement c&rsquo;est la sobriété. C&rsquo;est un objectif particulièrement difficile à atteindre. En attendant, je suis extrêmement attaché à la ruralité. Cette proximité avec le terrain et les individus qui le vivent au quotidien, me permet de m&rsquo;impliquer dans des projets de toutes natures, d&rsquo;être dans l&rsquo;expérience, la pratique et le concret, dans quelque chose qui ressemble à la réalité.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?<br />
</strong><br />
La nature n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;être sauvée, c&rsquo;est l&rsquo;humanité qui est en danger : nous vivons dans un modèle désuet, dans l&rsquo;illusion et la torpeur. « Une autre fin du monde est possible » cet adage contemporain pourrait devenir un principe d&rsquo;action populaire partagé, un programme d&rsquo;existence : nous devons réinventer notre rapport au monde, à la nature, au vivant, à l&rsquo;autre, et je crois que les artistes y travaillent !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Image à la une : Paul Duncombe, Québec, 2015</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong> </strong></p>
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		<item>
		<title>Prix COAL 2020 : RENCONTRE AVEC ÉLÉONORE SAINTAGNAN, MENTION SPECIALE DU JURY</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Jun 2020 11:40:29 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/sparrow_cover.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-18382" title="3607-8" src="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/sparrow_cover.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés.</p>
<p><strong>Eléonore Saintagnan est née en 1979 à Paris, France. Elle vit et travaille à Bruxelles, Belgique.</strong></p>
<p>Après des études d’arts plastiques et de cinéma documentaire, Éléonore Saintagnan est diplômée du Studio national du Fresnoy puis du master SPEAP de Bruno Latour à Sciences Po Paris. Elle reçoit en 2010 le Prix du commissaire au salon de Montrouge. En 2018, son film Une fille de Ouessant est primé meilleur court-métrage à Visions du Réel (Suisse), puis elle gagne le prix Isère art contemporain doté d’une résidence à Moly-Sabata. Elle expose en France : CRAC Alsace, Palais de Tokyo, chez Néon à Lyon, Mains d’œuvres à Saint-Ouen, La Criée Centre d’art contemporain de Rennes, et à l’étranger: Wiels (Bruxelles), Galerie Elaine Levy (Bruxelles) ainsi que dans des festivals de cinéma comme le FID Marseille, Hors-Pistes au Centre Pompidou, ou DOC Fortnight au MoMA (New-York), MMCA (Séoul).</p>
<p><strong>PROJET NOMMÉ POUR LE PRIX COAL 2020 : PROJET MOINEAUX</strong></p>
<p>En 1958, Mao Zedong entreprit une vaste campagne pour débarrasser la Chine de ses moineaux, accusés de voler aux hommes 25 000 tonnes de grains de riz par année. En observant le mode de vie de ces oiseaux, on s’aperçut qu’ils ne pouvaient voler plus de deux heures et demie d’affilée sous peine d’épuisement. Il fut donc décidé que, pendant trois jours, jeunes et vieillards, hommes et femmes, sortiraient dans la rue et dans les champs, armés de drapeaux, de gongs et de lance-pierres, pour détruire les nids, casser les œufs et empêcher les oiseaux de se poser. Dix millions d’oiseaux périrent lors de cette campagne, qui eut finalement l’effet contraire à celui escompté : l’année suivante, les insectes, dépourvus de leurs prédateurs, détruisirent la quasi-totalité des récoltes.</p>
<p>Cet événement historique plutôt méconnu condense à lui seul les enjeux de la disparition des moineaux dont la population a chuté de 95 % en trente ans. Avec <em>Le projet Moineaux</em>, Éléonore Saintagnan s’attache à créer une sorte de rituel carnavalesque destiné à expier nos fautes humaines passées, et à rappeler, à travers un projet de recherche, les liens d’interdépendance entre les hommes et les moineaux. Un film mêlera des images tournées en couleurs et des archives en noir et blanc, reconstituant notamment la campagne de Mao Zedong. Cette fable cruelle nous parle de la folie des hommes à travers un exemple d’extermination particulièrement saisissant. Lointain, cet épisode n’en résonne pas moins avec notre époque qui voit la disparition progressive et inquiétante des oiseaux et de la biodiversité en général. L’artiste agira aussi concrètement pour la préservation des moineaux à travers la réalisation collective d’œuvres et de nichoirs dans l’espace public et la mobilisation des jeunes et des artistes en lien avec des associations et des scientifiques, favorisant la réintroduction de l’espèce en ville.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Décrivez-nous votre environnement actuel, comment vivez-vous cette ère de covid-19 et quelle est son influence sur votre démarche artistique ?</strong></p>
<p>Je suis en Belgique, à Bruxelles. Ici le confinement est moins strict qu’en France. Je dois faire l’école à la maison pour Edgar, mon fils de 7 ans, ce qui me laisse beaucoup moins de temps que d’habitude pour travailler. Les expos et les workshops prévus ont été reportés à l’année prochaine. L’atelier de céramique où je vais habituellement est fermé. Du coup, j’ai dû m’adapter, j’avance sur d’autres choses. Je travaillais déjà pas mal avec mon fils auparavant, mais là, encore plus : on fait des pièces en papier mâché, on filme les oiseaux qui viennent sur la terrasse (la semaine dernière ils venaient chercher des matériaux pour faire leurs nids). J’écris quand je trouve le temps, je lis… Pour le projet Moineaux, j’ai imaginé ce que pouvaient être des paroles de chansons anti-moineaux, et je les ai envoyées à Gabriel Mattei, qui est compositeur. Il les a mises en musique. Des amis musiciens m’envoient leurs interprétations et on avance ainsi, à distance, en attendant le jour où on pourra tous se regrouper pour jouer ensemble. Voici l’une des chansons :</p>
<p>Petit bec de moineau<br />
Pique trois petits grains de blé<br />
Petit bec de moineau<br />
Pique trois petits grains de riz</p>
<p>Vole, moineau, vole,<br />
Moineau vole au vent<br />
Vole, moineau, vole,<br />
Moineau vole aux gens</p>
<p>Petits becs par millions<br />
Picorent les champs du pays<br />
Petits becs par millions<br />
Menacent de pénurie</p>
<p>Vole, moineau, vole,<br />
Moineau vole au vent<br />
Vole, moineau, vole,<br />
Moineau vole aux gens</p>
<p>Petit bec de vermine<br />
Écrase avec ton bâton<br />
Sur ta casserole tambourine<br />
Et chante cette chanson</p>
<p>Vole, moineau, vole,<br />
Moineau vole au vent<br />
Vole, moineau, vole,<br />
Moineau vole aux gens</p>
<p>Petit bec de moineau<br />
Demain sera bien fermé<br />
Et dans nos jolis fourneaux<br />
Plein de petits pains dorés!</p>
<p>Dors, moineau, dors,<br />
Tu dors pour longtemps<br />
Dors, moineau, dors,<br />
Et chantent les gens</p>
<p><strong>Quel est votre premier rapport sensible avec le vivant ? </strong></p>
<p>Cette colonie de moineaux qui vit sur ma terrasse est la première chose que je vois le matin, en prenant mon petit déjeuner. Je les nourris, c’est mon « espèce compagne » à moi, pour reprendre les termes de Donna Harraway. J’aime beaucoup cette idée d’apprivoiser des animaux sans leur ôter leur liberté.  En ce moment, il y a aussi un accenteur mouchet, un pigeon ramier et deux merles, un mâle et une femelle, qui chantent à tue-tête, c’est très beau.</p>
<p><strong>Comment est né le projet moineaux ?</strong></p>
<p>Le projet est né d’une corrélation entre mon travail de céramique et mon intérêt pour l’éthologie.</p>
<p>Après avoir fait une série de pots de très grande taille que je considère comme des sculptures, et que j’ai exposées au centre d’art de la Criée à Rennes cet hiver, j’avais envie de faire des pièces en céramique qui s’accrochent aux murs comme des tableaux. Une des propriétés de la céramique est qu’elle éclate à la cuisson si elle est trop épaisse ou si elle contient des vides ; les formes doivent donc être creuses, avec un trou pour que l’air s’en échappe. En gros, les caractéristiques des nichoirs sont les mêmes : des formes creuses avec un trou d’envol. Cela m’a donc paru tout naturel de faire des sculptures qui puissent servir de nichoirs. Pour inciter les oiseaux à y faire leur nid, il suffit de les placer sur des murs orientés vers l’est ou l’ouest, assez haut pour que les chats n’y aient pas accès, et d’adapter la taille du trou à l’espèce d’oiseau qui est déjà présente sur le site.</p>
<p>Mon intérêt pour l’éthologie a commencé par ma rencontre avec Vinciane Despret à Sciences-Po, alors que je suivais le master de Bruno Latour. Je me suis mise alors à lire les écrits d’éthologues comme Konrad Lorenz ou Frans de Waal. Mon projet de nichoirs m’a rapprochée d’ornithologues bruxellois qui travaillent sur le manque d’habitat pour les oiseaux, notamment les martinets et les moineaux. Quand j’ai dit à Erik Étienne, qui dirige le groupe Moineaux à Bruxelles, que j’étais vidéaste, et qu’une colonie de moineaux vivait sur ma terrasse, il m’a dit « Bon, alors tu vas faire partie du GTM Images, le Groupe de Travail sur les Moineaux qui s’occupe d’alimenter notre banque de données en images. Ces images nous servent à faire des recherches scientifiques sur les moineaux, et à faire des kits pédagogiques pour informer la population sur la nécessité de protéger cette espèce en voie de disparition, de les nourrir et de leur construire des nichoirs. » Voilà comment je me suis retrouvée à nourrir et à filmer cette colonie de moineaux, et à lire tout ce que je trouvais sur ces petites bêtes qui ont toujours vécu aux côtés des hommes.</p>
<p><strong>En 2015, vous réalisiez <em>Les Bêtes sauvages </em>sur les perruches vertes de Bruxelles, parlez-nous de votre intérêt pour les oiseaux ? </strong></p>
<p>À l’époque je ne m’intéressais pas particulièrement aux oiseaux. Nous avions un projet de film, Grégoire Motte et moi, sur les animaux férals, c’est-à-dire qui ont été domestiqués puis relâchés dans la nature. Découvrir des perruches vertes à Bruxelles où on venait de s’installer, c’était une surprise ! Elles sont apparues devant nos yeux avec leur plumes vert fluo, alors on a mené l’enquête&#8230; Elles ont été amenées là dans les années 80 par des personnes qui ne se rendaient absolument pas compte de l’impact que leur geste pourrait avoir sur la biodiversité. J’ai rencontré Guy Florizoone, le propriétaire du Méli Park, qui en 1974, avait lâché une soixantaine de perroquets de toutes les couleurs pour « égayer le ciel gris de Bruxelles » qui surplombait les têtes des visiteurs de son parc d’attractions. Seules les perruches vertes ont survécu, et elles se sont même reproduites à une vitesse folle. Bien qu’il se dédouane en disant qu’il n’est sûrement pas le seul à l’origine de cette invasion de perruches, il reconnaît que l’expérience a été une énorme erreur sur le plan éthique. À l’époque, on n’avait pas encore la conscience écologique qu’on a aujourd’hui.</p>
<p>Il se trouve que la présence massive de ces perruches vertes à collier est encore une autre raison du manque d’habitat pour les espèces endémiques, dont les moineaux font partie. Il y a donc effectivement un lien. Mais si je m’intéresse aux moineaux, c’est dans une perspective plus large qui englobe de manière générale les relations des hommes avec les animaux. Ce sujet est soudain devenu d’actualité avec la pandémie de Covid-19, qui serait due à une trop grande proximité avec certains animaux sauvages. Depuis une dizaine d’années, je m’intéresse à la place des animaux dans la vie des hommes. Au Moyen-Âge, ils étaient considérés comme des êtres de la cité à part entière. Ils avaient le même statut juridique que les humains. Quand l’un d’entre eux commettait un meurtre ou un vol, il arrivait qu’il soit convoqué au tribunal, pour un jugement dans lequel il était représenté par un avocat (qu’on appelait alors un défenseur), tout comme n’importe quel être humain. Puis il est passé avec les Lumières, au statut d’objet, et aujourd’hui, alors qu’on fait de plus en plus de découvertes fascinantes sur l’intelligence animale, on est en train de reconsidérer son statut.</p>
<p><strong>L’Histoire et les images d’archive sont un aspect récurrent dans votre travail.</strong></p>
<p>J’ai fait des études de cinéma documentaire. Le monde dans lequel nous vivons – ses absurdités particulièrement &#8211; est ma première source d’inspiration. L’histoire permet de comprendre un peu mieux les choses, d’expliquer les comportements de ces drôles d’animaux que sont les humains.</p>
<p>En 2018, j’ai fait un film qui s’appelle <em>Une fille de Ouessant</em> et qui parle de cette île bretonne où, jusque dans les années 60, ne vivaient presque que des femmes. J’étais allée sur cette île en 2014 pour une résidence dans le sémaphore du Créac’h, où j’avais tourné des images en vidéo. Ce n’est que deux ans plus tard, en entremêlant ces images avec des archives en noir et blanc trouvées sur le site de la Cinémathèque de Bretagne, que j’ai construit le fil qui tient le film. Mon histoire personnelle, celle du deuil impossible de mon père, a trouvé sa place à travers le récit d’un deuil collectif, celui de tous les marins disparus en mer dont les femmes de Ouessant, toujours vêtues de noir, hantées par des fantômes, attendaient des nouvelles en veillant, la nuit, des petites croix de cire à la place des corps.</p>
<p>Avec internet, l’archive est devenue un matériau facilement accessible.</p>
<p>Nous avons utilisé beaucoup d’archives issues du web pour <em>Les Bêtes sauvages,</em> qui raconte une autre époque et d’autres lieux, où nous ne pouvions pas nous rendre.</p>
<p>Pour le <em>projet Moineaux</em>, je souhaite réaliser un film qui s’appuiera sur des images d’archives de la révolution culturelle chinoise. Mon idée est de rejouer les scènes filmées dans ces archives, ici et maintenant, sans situer l’action précisément dans l’espace ou dans le temps.</p>
<p>Cependant, je souhaite garder quelques images d’archives en noir et blanc. Il s’agit des plans d’oiseaux morts. D’une part, parce que nous n’allons pas massacrer des dizaines de milliers d’oiseaux pendant le tournage, et d’autre part, pour montrer que cette histoire qui ressemble à une fable n’en est pas une, qu’il s’agit d’une histoire vraie. Mon intention n’est pas de parler de la Chine de Mao ni d’un temps révolu, mais de parler de la folie des hommes qui peut ressurgir – et a déjà surgi &#8211; n’importe où ailleurs.</p>
<p><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyenne ?<br />
</strong><br />
À titre personnel comme dans mon travail, j’essaye d’avoir le comportement le plus éco-responsable possible.</p>
<p>Quand je fais de la céramique, je n’utilise plus aucun produit toxique. La cuisson dégage des fumées, c’est inévitable, j’essaye de ne pas en abuser, de cuire en monocuisson dès que possible.</p>
<p>Pour mon exposition à la Criée, au lieu de construire des black rooms avec des cimaises pour projeter les vidéos, nous avons fabriqué des cabanes à partir de matériaux recyclés et trouvés sur place : chutes de bois des expositions passées, cagettes du marché, écorces de châtaignier récupérées chez un producteur local. C’est étrange parce que beaucoup de gens ont vu dans ces constructions précaires, des huttes africaines, alors qu’elles étaient plutôt inspirées des loges traditionnelles de feuillardiers bretons.</p>
<p>En règle générale, j’essaye de fabriquer les choses moi-même, cela m’apprend des savoir-faire et m’apporte une véritable satisfaction.  À la maison, j’ai un compost et un potager de quartier, et je n’ai pas de voiture… mais je suis bien consciente que ces petites habitudes ne suffiront pas à régler le problème et qu’il faudrait, pour sauver la biodiversité, des décisions politiques fortes. J’espère que mes films permettent d’aborder ces problèmes avec le public, notamment les jeunes générations.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?</strong></p>
<p>Autant j’aime fouiller le passé, autant je ne suis pas très douée pour prédire l’avenir. On vit aujourd’hui des choses qui étaient inimaginables il y a six mois, alors on peut imaginer que tout est possible.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Image à la une : Chasse aux moineaux pratiquée par les étudiants de l&rsquo;Ecole normale supérieure de Pékin (Chine). © Roger-Viollet</em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>PRIX COAL 2020 : RENCONTRE AVEC HYPERCOMF</title>
		<link>https://projetcoal.org/prix/prix-coal-2020-rencontre-avec-hypercomf/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2020 09:13:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
		<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL 2020]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&#8217;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés. Ioannis Koliopoulos et Paola Palavidi sont nés en 1986 à Athènes, en Grèce. Ils vivent et travaillent à Athènes et à [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/Hypercomf_2020_Polycelium_net-film-still_7.jpg"><img decoding="async" class="size-full wp-image-18020" title="© HYPERCOMF, Polycelium.net, 2020" src="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/Hypercomf_2020_Polycelium_net-film-still_7.jpg" alt="" width="500" height="281" /></a></p>
<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés.</p>
<p><strong>Ioannis Koliopoulos et Paola Palavidi sont nés en 1986 à Athènes, en Grèce. Ils vivent et travaillent à Athènes et à Tinos, en Grèce.</strong></p>
<p>Hypercomf est un collectif de design spéculatif, prenant la forme d’une entreprise fictive, créée en 2017 par les artistes Ioannis Koliopoulos et Paola Palavidi. Grâce à des collaborations ciblées avec des musiciens, des cinéastes et des communautés locales, leurs projets se concentrent sur l’interaction entre l’homme, la nature et la technologie. Ils s’intéressent particulièrement aux réseaux d’écosystèmes organiques et numériques, à la dualité homme-machine et à l’impact psychosomatique des moyens et du confort propre à notre ère technologique en constante évolution. Bénéficiaires de bourses (Fulbright, Grèce), et de résidences (Pioneer Works, New York), ils exposent en Grèce et à l’international : 7e Biennale de Thessalonique (Grèce), Heat Company (Bruxelles), First Draft (Sydney).</p>
<p><strong><strong>PROJET NOMMÉ POUR LE PRIX COAL 2020 : </strong>CENTER FOR STUDIES OF OCEAN FLOOR AS CEILING</strong></p>
<p>Largement inexplorés, les écosystèmes des grands fonds marins et du plancher océanique abriteraient entre 1,7 à 2,3 millions d’espèces encore inconnues . Composé à la fois de grands organismes et de collectifs microbiens multi-espèces comme des micro-algues ou du plancton, l’océan joue un rôle essentiel dans l’équilibre du système planétaire tout entier et pourrait nous révéler les mystères de l’origine de la vie.</p>
<p>Pour s’emparer de la problématique des plastiques marins qui menacent aujourd’hui cet écosystème et traiter de la question de la responsabilité des pollutions des eaux internationales, les artistes grecs Ioannis Koliopoulos et Paola Palavidi, réunis au sein du collectif Hypercomf, imaginent une entreprise fictive : le <em>Center for studies of Ocean Floor as Ceiling</em>. Sous la forme d’un récit imaginaire, leur projet promeut des solutions inventives, créatives et fonctionnelles pour la réutilisation des polluants plastiques issus du nettoyage des plages.</p>
<p>Une installation proposera une visite immersive du bureau fictif de l’entreprise, entièrement décoré d’objet imprimés en 3D à partir de filaments de plastique océanique et d’un terrazzo de plastique fossilisé. Une vidéo promotionnelle de l’entreprise prendra le point de vue d’un ROV (Véhicule sous-marin téléguidé) en mer profonde, raclant le sol avec ses griffes robotiques pour récolter des échantillons du plancher océanique, révélant l’interdépendance entre la vie et la technologie, et soulignant les impacts de l’exploitation humaine sur le vivant.</p>
<p>Fondamentalement participatif, le projet prend appui sur des activités éducatives, des événements, des ateliers afin de promouvoir un système de production circulaire basé sur le réemploi des matières synthétiques et l’union des communautés maritimes dans la préservation des écosystèmes marins.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Décrivez-nous votre environnement actuel, comment vivez-vous cette ère de covid-19 ? Est-ce que cela a une influence votre pratique artistique ? </strong></p>
<p>Après une résidence de six mois au Centre Pionner Works à Brooklyn, nous nous sommes complétement isolés chez nous, sur l’Ile de Tinos dans les Cyclades. La vie quotidienne des gens ici n’a pas beaucoup changé puisqu’ils vivent principalement de l’agriculture à petite échelle. Mais l’absence de liaisons économiques et de transport de personne vers le continent, a accentué des problèmes qui étaient déjà présents. Cela va sans dire, les Grecs sont un peu désabusés par les crises économiques, le pays y est plongé depuis plus de dix ans, et notre génération n’a jamais fait l’expérience d’une période hors-crise. Nous nous sommes un peu endurcis et nous avons trouvés des moyens de rester positifs sans perdre de vue notre motivation, quoiqu’il arrive. Travailler et survivre en tant qu’artiste était déjà très difficile, désormais, cela ne tient plus qu’à un fil. Mais peut-être est-ce par les arts que nous parviendrons à regagner la confiance en une vie sociale ? C’est trop tôt pour le dire mais nous gardons notre optimisme : nous sommes tous touchés par la situation et cela va nous rapprocher encore plus.</p>
<p><strong>Pouvez-vous nous parler d’un événement qui a changé votre rapport à la nature et la biodiversité ? </strong></p>
<p>Il y a environ dix ans, nous avons quitté notre appartement situé dans l’un des quartiers les plus densément peuplé d’Athènes pour un village de 200 habitants, sur une petite île de la Mer Egée. Ce déménagement a été motivé par la crise persistante de l’économie grecque et notre passion pour les plantes : nous exploitions une minuscule plantation sur notre balcon athénien brûlé par le soleil et nous passionnions pour les modes de productions alimentaires alternatifs. Aujourd’hui, nous cultivons la terre et vivons dans un paysage sauvage à explorer. La recherche d’herbes, de légumes verts, de champignons, de fruits, etc. et par-dessus tout l’activité apicole sont devenue une part importante de notre vie. Nous voulions comprendre les réseaux, les processus naturels garantissant un écosystème sain et diversifié. Donc, nous nous sommes, nous aussi, enracinés, enfeuillés, pollinisés, laissés envahir par la végétation : le mouvement incessant des divers organismes, tous liés par le cycle de la vie et de la mort, nous a donné envie de faire partie de ce réseau, en en étant plus conscients.</p>
<p><strong>Comment vous êtes-vous intéressés à la pollution océanique et au droit international maritime ?</strong></p>
<p>La Mer Egée est traversée par des bateaux en tous genres, de toutes nationalités et de toutes tailles. La côte que nous observons est frappée de plein fouet par les vents du Nord qui traversent les paysages sans obstacles pendant des kilomètres. La quantité et la variété des éléments polluants qui finissent sur ces 300 mètres de sable sont stupéfiantes<strong>. </strong>Lorsque vous marchez sur la plage un jour de vent, c’est un peu comme lire le journal de l’humanité : en fonction de l’actualité politique et des événements, il y a différents types de déchets, dans toutes les langues, à nettoyer sur les plages. Les plus gros déchets échouent en général sous la forme de filaments plastiques et de confettis multicolores. En essayant de nettoyer le rivage, nous collectons des trouvailles. Au fur et à mesure des années, il est devenu évident que la biodiversité marine alentours diminuait, et que les activités humaines en étaient la première cause.</p>
<p>L’observation de cette situation nous a mené vers des recherches et des expérimentations sur des matériaux qui ont inspiré le projet « Center for Studies of Ocean Floor as Ceiling ». Nous avons souhaité nous orienter sur l’étude des fonds marins, ces lieux inexplorés, qui abritent une vie, pleines d’inconnus et de problématiques que l’on découvre peu à peu grâce aux technologies d’exploration spatiale. Depuis une perspective humaine, les profondeurs symbolisent également l’apesanteur, une obscurité et une lueur comme utérine, une connexion spirituelle entre notre espèce et l’eau. Ces profondeurs de la mer si étranges, énigmatiques et peu accueillantes pour la vie sont en fait à l&rsquo;origine de la vie elle-même.</p>
<p>Les grands fonds marins sont un espace d’activités industrielles en plein essor : des câbles internet à l’extraction minière, de nombreuses routes et emplacements se situent dans les fonds marins au cœur des eaux internationales. Des recherches scientifiques suggèrent que le plancher océanique serait beaucoup plus pollué que la surface des océans, notamment à cause du dépôt des déchets et de cette « neige marine » formée par les micro-plastiques qui sombrent dans les profondeurs. Nos déchets seraient donc fossilisés dans cette bibliothèque sédimentaire, comme les archives d’une journée dans la vie des Hommes d’aujourd’hui.</p>
<p><strong>Vous êtes un collectif. Comment envisagez-vous la dimension participative et la collaboration avec les habitants des espaces côtiers notamment, qui jouent un rôle important dans votre travail ? </strong></p>
<p>Notre projet va mettre à profit une grande quantité de déchets plastiques marins collectés. C’est une des étapes dans laquelle nous allons engager les communautés à travers des ramassages publics et un appel à participation. La collecte de déchets sur les côtés fonctionne comme une « science citoyenne » d’observation et de diagnostic. Par exemple, en rapportant des données sur les organismes marins, les gros déchets, ceux qui comportent des inscriptions sur leurs propriétaires, nous pouvons contribuer à prouver des pratiques de pêche illégale ou encore des déversements par des navires commerciaux.</p>
<p>Notre collaboration « Hypercomf » a été fondée comme une identité artistique, celle d’une pseudo entreprise autoproclamée. C’est une entité délibérément abstraite que nous utilisons comme véhicule pour rechercher l’anonymat, une licence poétique avec laquelle analyser les pratiques et tactiques des entreprises, une plateforme pour collaborer avec d’autres artistes.  « Hypercomf » découle de la contraction des termes « hyper » et « comfortable ».</p>
<p><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artistes et citoyens ?<br />
</strong><br />
Depuis le tout début, nous accordons de l’importance au processus d’approvisionnement de nos matériaux. Nous utilisons essentiellement des objets abandonnés, des vêtements usés, nous réutilisons des tissus d’ameublement, des déchets industriels, des objets de seconde main déjà imprégnés d’histoire. Nous cherchons à ajouter une valeur conceptuelle à ces objets abandonnés par le biais d’un design poétique. Une grande partie de notre travail jusqu’à présent s’est concentrée sur le tissu, car en plus d’être un matériau incroyablement tactile, polyvalent, beau, léger, facile à transporter et familier, le tissu fait aussi l’objet d’un gaspillage énorme quand il est produit de manière irresponsable. Beaucoup de temps et d’interactions sociales entrent dans le champ de cet approvisionnement en matériaux, pour la récolte des objets ou pour sourcer les reliquats des chaines de productions.</p>
<p>Un de nos projets les plus récents était de produire un documentaire expérimental sur les interactions entre les hommes, les animaux et les organismes naturels de l’écosystème urbain. Nous avons étudié et documenté ces interactions dans la métropole de New York et constaté l’émergence d’un écosystème « urbanophiles » entretenu par les excès alimentaires humains. C’était un projet qui nous a amenés à entrer en contact avec beaucoup de gens différents, et à collecter leur expérience de la nature en ville. Avant cela, lors d’un projet en Italie, nous avons documenté un lien au vivant très différent : dans une petite ville, dans les contreforts des montagnes des Dolomites, des bergers veillent tout au long de l’année sur une race de moutons locale protégée, et revendent leur laine en ville à une petite famille qui la travaille dans un moulin à laine historique. Nous essayons toujours de comprendre le mieux possible les communautés et les écosystèmes dans lesquels nous travaillons, afin de refléter leurs interactions caractéristiques.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?</strong></p>
<p>Les hommes vont, sans aucun doute, poursuivre leur développement technologique et industriel, et nous espérons qu’ils le fassent en ayant appris du passé. Conserver la santé et la biodiversité de notre planète est essentiel. Peut-être que la mécanique et la nature vont fusionner pour créer un écosystème augmenté, artificiel, avec l’automatisation de nombreuses tâches ; peut-être que les bâtiments seront conçus comme des écosystèmes à part entière… C’est impossible à prédire, mais il est intéressant d’élaborer des hypothèses. Le scénario le plus positif serait que nous déterminions comment utiliser, de manière optimale, nos nouveaux pouvoirs technologiques et la connectivité, et que nous définissions ensemble de nouveaux systèmes de collaboration et de comportement en tant qu’espèce unifiée, sans distinction de nationalités ou de situation. Ainsi nous pourrons réduire les activités de notre espèce qui affectent négativement l’existence d’autres organismes sur la planète.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Image à la une : © HYPERCOMF, Polycelium.net, 2020</em></p>
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		<title>PRIX COAL 2020 : RENCONTRE AVEC LIA GIRAUD</title>
		<link>https://projetcoal.org/prix/prix-coal-2020-rencontre-avec-lia-giraud-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jun 2020 09:08:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
		<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL 2020]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&#8217;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés. Lia Giraud est née en 1985 à Paris, France. Elle vit et travaille à Paris, France. Lia Giraud est artiste [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés.</p>
<p><strong>Lia Giraud est née en 1985 à Paris, France. Elle vit et travaille à Paris, France. </strong></p>
<p>Lia Giraud est artiste et docteure en Arts Visuels, formée à l’image documentaire. Depuis plus de dix ans, ses installations interrogent nos conceptions et relations au vivant, dans un contexte actuel marqué par les sciences et techniques. En faisant des phénomènes biologiques les matériaux sensibles et opératoires de ses œuvres, elle met en évidence les états de rupture qui agitent notre expérience du « milieu ». Engagée dans la création de « nouvelles écologies », ses œuvres initient des écosystèmes de recherche interdisciplinaire à la frontière des sciences et de la société, impliquant des chercheurs en sciences de la nature, des penseurs, des artistes, des communautés citoyennes. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions en France : Centre Pompidou, Le 104, Le Cube, Le Bel Ordinaire, à l’étranger : Festival Images de Vevey (Suisse), Parc Naturel de l’Our (Luxembourg), Dutch Design Week (Pays-Bas) et d’interventions pédagogiques auprès du grand public.</p>
<p><strong>PROJET NOMMÉ POUR LE PRIX COAL 2020 : ECOUMÈNE</strong></p>
<p>Depuis 2018, Lia Giraud explore avec <em>Écoumène</em> l’habitabilité des territoires reconfigurés par les activités humaines : la gentrification parisienne portant atteinte à sa diversité culturelle, ou encore la disparition d’une forêt malgache mettant en péril des existences à de multiples échelles. Partout, la raréfaction des formes de vie incite à penser l’appauvrissement des liens et relations qu’elles initient à de multiples niveaux. Cette disparition concrète a sur nous des répercussions sensibles et culturelles qu’il s’agit de comprendre et révéler.</p>
<p>Le troisième volet d’<em>Écoumène </em>s’implante sur un territoire pollué du Mexique, une « Zone morte » de 15 km, le long du fleuve El Salto, irrigué par les rejets chimiques d’environ 400 entreprises industrielles. Ses impacts sanitaires sur la population et la biodiversité environnante sont extrêmement lourds. Nourris par des recherches scientifiques sur les facultés purificatrices de certaines micro-algues capables de résister, accumuler et retirer les métaux lourds présents dans des milieux aquatiques acides, ce projet envisage la résurgence du vivant comme solution concrète à l’assainissement des eaux, mais aussi comme support créatif, permettant de relier des existences abimées.</p>
<p>L’artiste a en effet mis au point un procédé d’image vivante appelé l’Algægraphie. Les micro-algues photosensibles « développent » littéralement l’image à laquelle elles sont exposées et lui confèrent des comportements organiques faisant écho au récit de chaque territoire. Symbole de sensibilité environnementale et d’universalité, biomatériau prisé des technosciences, les micro-algues sont ici les révélateurs écologiques invisibles de nos actions et de leurs devenirs. Lia Giraud réalisera une série d’images vivantes comme autant de supports de dialogue. Il s’agira d’explorer la notion de résilience en échangeant sur les manières dont la vie peut se développer biologiquement, socialement et symboliquement dans un contexte de catastrophe écologique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Décrivez-nous votre environnement actuel, comment vivez-vous cette ère de covid-19 ? Comment cette situation influence-t-elle votre démarche artistique ? </strong></p>
<p>Étant confinée chez moi à Paris, cette période est un peu familière mais surtout inédite ! Beaucoup de nouvelles choses s’expriment, s’observent et m’interrogent. Pour une artiste travaillant avec le vivant, c’est comme un scénario qui s’écrit au quotidien. J’aime rêver qu’une issue écologique est possible lorsque la nature reprend ses droits dans nos espaces urbains désertés. Je suis fascinée par la circulation du virus qui révèle les multiples liens qui unissent humains et non-humains. Je me questionne sur cette force invisible capable de fragiliser le système capitaliste mais aussi sur notre réaction de protection et de distanciation face à une mort potentielle. J’observe aussi notre adaptation à un monde virtuel et notre désir paradoxal de nous reconnecter aux formes de vies primaires qui peuplent nos cuisines et nos jardins. Mise en dormance, j’expérimente comme d’autres, une forme de vie minimale en tentant d’y déceler l’essentiel. Cette crise met également en avant de belles énergies : une capacité à nous réinventer et à proposer un monde différent, plus social j’espère. Il est encore trop tôt pour faire le tri ou savoir ce qui résistera au temps, mais cette période n’en reste pas moins prolifique et surprenante : vivante !</p>
<p><strong>Quel est votre premier rapport sensible avec le vivant ? </strong></p>
<p>Il s’agirait plutôt d’une sensibilité ontologique du vivant. Je la retrouve d’ailleurs, dans cette période de confinement : changer et provoquer le changement, échapper à la stabilité et au contrôle, être fragile et pour cette raison précieuse, entrer en relation… C’est cette capacité infinie à « mettre en mouvement » (e-motio en latin) qui est littéralement l’objet de mon émotion et qui, depuis toujours, me lie au vivant. Ce sont ces mêmes processus sensibles qui travaillent chacune de mes installations. Le monde que nous habitons semble régi par l’immuabilité, le contrôle, l’individualisme, l’infaillibilité. Révéler un autre système de valeurs, celui qui nous constitue au titre de vivant, me semble urgent. Dans mon travail, je m’intéresse plutôt à des formes de vies négligées, dont la taille ou la temporalité semblent échapper à nos perceptions. Cette vie que nous avons oubliée. Par elle, je cherche à mettre en évidence les comportements primaires de cette matière dont nous sommes aussi constitués : des sensibilités à l’environnement, des dynamiques d’adaptation, des phénomènes d’élaboration collective ou de lutte, des spécificités individuelles, etc&#8230; Ce sont ces réalités dissimulées, révélées dans mes œuvres, qui m’animent et me permettent d’imaginer différemment le monde qui vient.</p>
<p><strong>Qu’est ce qui a inspiré votre projet ? Comment est né votre intérêt pour le sujet ?</strong></p>
<p><em>Ecoumène</em> relie mon engagement documentaire, lié à ma pratique de l’image photographique et vidéo, et une pratique plus récente de l’installation vivante par laquelle j’ai cherché de nouvelles écritures formelles et des méthodes de recherche collectives et interdisciplinaires. Ce retour à l’enquête est un moyen de renouer avec les sujets qui m’importent et de m’y impliquer concrètement. L’engagement environnemental poursuit aussi un long travail de recherche, plus théorique, autour de la notion de « milieu ». Ce « milieu » est la relation écologique, technique et symbolique que nous entretenons avec ce qui nous entoure. Ces trois aspects sont conjointement liés et indispensables à notre élaboration (individuation). Si un déséquilibre survient dans cette équation, les autres termes sont par extension impactés. En ce sens, la crise écologique ne peut se limiter à des symptômes. Ces résultats réduisent notre compréhension de la situation à un maigre aspect du problème. Pour la comprendre, c’est un tissu relationnel qu’il faut observer. La disparition des forêts malgaches révolte, mais quelle est la responsabilité coloniale dans le commerce du bois, qui a transformé en profondeur l’organisation de la société, des savoir-faire, des territoires ? Comment cette économie impacte-t-elle des croyances traditionnelles liées à ces espaces ? En partant des spécificités de chaque récit individuel, de chaque lieu, le projet <em>Ecoumène</em> affronte cette complexité. Il tente d’apporter un nouveau regard sur la formation de ces nœuds et leurs répercutions actuelles. Plonger au cœur de ces situations en fabrication, envisager ensemble des réalités pratiques et émotionnelles, permet peut-être de dégager de nouvelles pistes de compréhension et de réponses plus globales.</p>
<p><strong>Comment est née la technique de l’algægraphie et en quoi consiste-elle concrètement ? </strong></p>
<p>Tout est né d’une réflexion sur l’image, sur la manière dont on se représente le monde. La photographie fige, immortalise et cadre. Elle me touche pour son emprise au réel, son phénomène d’émergence chimique, l’expérience du temps qu’elle traverse ou les relations qu’elle tisse au-delà de son cadre. Il fallait que cette image devienne vivante, qu’elle délaisse les illusions pour s’affirmer comme un observatoire des dynamiques et processus dans lesquels nos existences s’inscrivent. Ce procédé est ma première collaboration scientifique, l’histoire d’une rencontre avec Claude Yéprémian et l’équipe « Cyanobactéries, Cyanotoxines et Environnement » (Muséum National d’Histoire Naturelle). Le grain de l’image est constitué d’une multitude de microorganismes photosensibles. Les cellules s’organisent et se développent selon les différentes lumières d’un négatif, une image que je crée puis projette à la surface de la culture. L’agrégation des cellules, plus ou moins forte, révèle les différentes densités vertes de l’algægraphie. Vivante, l’image est liée à son environnement qui lui permet de se développer, de se transformer ou de disparaitre. Elle est au sens propre et figuré un « milieu » et en dévoile toute la complexité. Le choix de ces micro-algues est aussi hautement symbolique : premiers capteurs de lumière, elles questionnent nos perceptions humaines et nous invitent à envisager d’autres sensibilités au monde. Marqueurs de pollution et solution aux déséquilibres environnementaux, leur adaptation et assimilation attestent de notre connexité à l’environnement. Présentes dans l’eau et dans les airs, elles circulent à l’échelle mondiale, liant des espaces reculés aux lieux d’exercices des technosciences. Autant d’aspects qui, à une autre échelle, font écho aux réalités de chaque Écoumène proposé.</p>
<p><strong>Comment définiriez-vous votre pratique du portrait et du paysage photographique ? </strong></p>
<p>Conjointe. Portrait et paysage coexistent dans mon approche documentaire autant que dans la mésologie, où chaque individu est associé à son milieu. Dès lors, le portrait est un état émotionnel dévoilant son contexte ; le paysage est une incarnation des subjectivités, des empreintes individuelles. Chaque composition algægraphique <em>d’Écoumène</em> cherche à restituer la relation qui uni l’individu à l’espace qu’il habite. Elle résulte d’un ensemble de « prélèvements » réalisés in situ : des photographies, mais aussi des récits personnels, des marches, des rencontres. La forme qui en résulte est un mélange de ces expériences physiques et psychiques. Pendant le confinement, j’ai découvert la pensée de Glenn Albrecht et sa notion de « solastalgie » qui résonne fortement avec ce travail. Ce terme décrit un état d’anxiété, de peine ou d’impuissance ressenti par des habitants privés du réconfort de se sentir « chez soi », face à la dégradation environnementale de leurs lieux de vie. Chaque portrait-paysage <em>d’Ecoumène</em> explore précisément cette notion d’habitabilité, rendue précaire par la gentrification, la déforestation ou la pollution fluviale. Malgré des territoires différents, la transformation du lieu aimé est toujours vécue comme une blessure quasi-physique pour ses habitants : la coupe d’un arbre à Vohibola est une forme d’amputation. Le futur Écoumène sur El Salto (Mexique) part du postulat que réinsuffler la vie dans un lieu, agir pour préserver sa pluralité humaine et non-humaine, sont des gestes qui préservent l’environnement autant qu’ils soignent en profondeur des existences humaines abimées. Plus que jamais, ce projet croise les pratiques du portrait et du paysage, en les emmenant bien au-delà d’une conception classique. L’algægraphie et les micro-algues dépolluantes qui la compose, deviennent le support biologique et symbolique d’un nouvel habitat à cultiver sur cette « zone morte ».</p>
<p><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyenne ? </strong></p>
<p>Ce sont des choix et gestes qui rythment mon quotidien, mais c’est surtout la place particulière que je donne au vivant dans ma vie et ma pratique : il n’est pas seulement un sujet extérieur, mais une réalité concrète avec laquelle je vis, je collabore, que j’éprouve autant qu’elle m’éprouve. C’est dans cette relation que se forge ma conscience et mon engagement environnemental. C’est aussi celui que je tente de transmettre en tant qu’artiste. Assumer les modalités d’expression du vivant dans notre monde aseptique et toujours plus virtualisé, n’est pas simple : elle est en soi une prise de position politique. À la mesure d’une exposition, la présence d’une œuvre vivante remet en cause des finalités économiques, évince la notion de résultat, perturbe les cadres, parfois rigides, des dispositifs institutionnels et exige de nouvelles formes de responsabilités émotionnelles, reposant sur l’attention et le soin.</p>
<p>La création de contextes de recherche collectifs et un autre moyen de militer pour la construction de visions plurielles. Il me semble que l’artiste a un rôle clé à jouer dans la circulation et la connexion entre des disciplines, des modes de pensées et des contextes trop souvent isolés. Travailler avec des ingénieurs et scientifiques, en leur permettant d’entrevoir un aspect plus émotionnel du vivant est une façon d’influer la forme des technologies futures. Par sa diffusion, <em>Ecoumène V.2</em>. a facilité la rencontre entre les militants de Vohibola et la nouvelle ministre malgache chargée de l’écologie. Initier et fluidifier le contact est un autre moyen d’accélérer des répercutions concrètes. Ces approches contribuent, il me semble, à forger de nouvelles écologies qui seront nécessaire pour mieux penser demain.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?</strong></p>
<p>A court terme, il sera à l’image de la crise actuelle et de celles passées : fait de grands défis écologiques que les humains devront relever collectivement. Par écologie, j’entends sa plus large acceptation étymologique qui est celle des habitats (eco). Les limites que nous atteignons touchent en effet nos façons d’habiter ensemble biologiquement, socialement, économiquement, symboliquement etc. Lorsqu’un industriel produit une nourriture qu’ils ne donnerait pas à son enfant, habite-t-il collectivement ce monde ? Pour la suite, je partage la pensée de Bruno Latour pour qui le danger reste encore que « tout redevienne comme avant » ; qu’on initie une révolution (rouler en arrière) plutôt qu’une R-évolution. Pour être mis en mouvement de façon positive, le monde qui vient devra donc, il me semble, envisager comme essentielles les logiques du vivant et celles des émotions.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Image à la une : </em>© <em>Lia Giraud, Ecoumène V.2, détail algaegraphique </em></p>
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		<title>PRIX COAL 2020 : RENCONTRE AVEC LINDA SANCHEZ</title>
		<link>https://projetcoal.org/prix/prix-coal-2020-rencontre-avec-linda-sanchez-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2020 06:56:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL 2020]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&#8217;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés, jusqu&#8217;à l&#8217;annonce du lauréat. Linda Sanchez est née en 1983 à Thonon-les-Bains, France. Elle vit et travaille à Marseille, France. Entre [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés, jusqu&rsquo;à l&rsquo;annonce du lauréat.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Linda Sanchez est née en 1983 à Thonon-les-Bains, France. Elle vit et travaille à Marseille, France. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Entre sculpture et installation, dessin et vidéo, Linda Sanchez joue avec les lois et les phénomènes physiques. De l’horizontalité d’un plan d’eau à la trajectoire d’une chute, de la liquidité du sable à l’élasticité d’un liant, elle observe des phénomènes existants, ajuste leur échelle, leur corrélation, leur durée. Dans un rapport élémentaire au matériau et au mouvement, elle travaille par allers-retours sensibles entre intuition et expérience. Des notions de hasard et d’ordre, de figures de chute, d’écriture du temps ; ses œuvres fixent le mouvement dans la matière, l’écrivent, le mesurent ou le transcrivent. Diplômée de l’école d’arts d’Annecy, elle mène plusieurs collaborations avec des chercheurs, écrivains, artistes et participe à divers projets et expositions : Musée d’art contemporain, Prix de la fondation Bullukian à Lyon, Casa de Velázquez (Madrid), 62e salon de Montrouge, Bourse Révélations Emerige, Prix des Amis du Palais de Tokyo.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>PROJET NOMMÉ POUR LE PRIX COAL 2020 : COLONIE</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le lichen est un végétal singulier, ayant une double nature, symbiose d’un champignon et d’une algue. Faisant partie de la biodiversité négligée, il recouvre néanmoins 6 % de la surface terrestre. Les plus vieux fossiles de lichen datent de la plus ancienne des six périodes géologiques du Paléozoïque (1,9 millions d’années). En plus d’être un parfait témoin de l’indice de pollution, il a une capacité de résistance à des conditions extrêmes et une faculté de reviviscence. Cette résistance en fait des organismes pionniers par excellence.</p>
<p style="text-align: justify;">L’installation <em>Colonie</em> de Linda Sanchez est composée d’objets de natures, de matériaux et de formes différentes, tous liés par un même caractère, celui d’être colonisé par du lichen jaune orange. Ces éléments sont collectés, glanés, déterrés, détachés d’endroits divers sur le territoire, au bord des routes, des rivières, des ruines, des périphéries des villes, des zones désaffectées, là où rien ne bouge. Pavés, bouts de trottoir, tuiles, cornières, plots et mobiliers urbain se tiennent ensemble, en dépôt, comme un vestige composite reconstituant un pointillisme coloré.</p>
<p style="text-align: justify;">Recouverts par l’épaisseur du temps, ces objets sont des reliques de notre occupation passée, récits de la manière dont nous habitons le territoire, dont nous façonnons le paysage. Les lichens et mousses sont symboles de l’oubli et de l’abandon, signes du temps qui passe, ce contre quoi nos sociétés luttent de toutes leurs forces. Pourtant, « ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons », écrit Etienne Klein dans <em>Les tactiques de Chronos</em>. Le projet <em>Colonie</em> décrit de manière poétique comment cette autre forme du vivant qui nous a précédé et qui nous succèdera, laisse une impression de relativité à la temporalité humaine. Cette double colonisation, entre nature et culture, emprunte deux sens chronologiques inversés : le vestige et le projet, la vitesse et l’intemporalité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel est votre premier rapport sensible avec le vivant ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La prise de conscience des temps de vie infiniment longs, presque intemporels, de certains êtres vivants, donne le vertige. Entre mondes humains et non-humains, les vitesses des vies, leur rythme et leur chevauchement, les réseaux si complexes de leur processus, leur évanescence, est un miracle. J’en éprouve toute la relativité de ma propre échelle de perception. Intuitivement, le vivant est relié au mouvement et aux comportements dans les détails de la matière. Torsion, répétition, circularité, twist, rebond, écrasement, poussée&#8230; Dans une image de pensée, la vie nait dans un pli.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai plusieurs fois collaboré avec des chercheurs et physiciens (Laboratoire Matière et Systèmes Complexes Paris Diderot, l’Institut Pierre-Gilles de Gennes). Comment les formes apparaissent dans la nature, se génèrent et mutent ? Leurs expérimentations ressemblent à la sculpture, et fait appel à une appréhension sensible, concrète, visuelle et qui induit aussi le geste et la main. L’aspect des craquements dans une argile est apparenté à la croissance des veinures d’une surface végétale, à la cartographie d’une ville : des typologies différentes mais qui racontent l’histoire des formes, leurs ossatures, leurs mécaniques internes, leurs généalogies&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Qu’est ce qui a inspiré votre projet ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ça vient d’une idée de la tendresse. Comment deux choses de natures différentes, (origines, modes de fabrication, récits) peuvent, par une caractéristique intrinsèque inédite, se regarder. Et, selon un réseau de relations intérieures, appartenir à la même famille, ou au même genre. C’est aussi un lien au camouflage où les contours, figures et motifs s’entrelacent, et démettent les catégories et les ordres préconçus. <em>Colonie</em> présente cet ensemble relié, comme un vestige composite, reconstituant un pointillisme coloré.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai travaillé quelques années avec le service archéologique de la ville de Lyon*. L’archéologie préventive travaille à la sauvegarde du patrimoine, sous le bâti urbain, dans une urgence liée aux plans d’aménagement du territoire, des travaux publics et privés. C’était une collaboration riche en partage sur nos univers et logiques de travail. L’archéologie est un récit qui précède l’écriture de l’Histoire et de ses versions.  C’est dans la continuité de ces travaux, durant la résidence à la Casa Velasquez à Madrid, que le projet a commencé, sur le site Baelo Claudia (ancienne cité romaine située à Bolonia, près de Tarifa en Andalousie).</p>
<p style="text-align: justify;">*Partenariat avec les Pratiques Plastiques Amateurs de l’École des Beaux-Arts de Lyon.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez beaucoup travaillé avec le vivant donnant à vos oeuvres une dimension aléatoire. Ici, vous vous intéressez aux lichens qui colonisent des objets trouvés&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans mon travail, j’observe et joue avec les physicalités, les structures et les transformations de la matière. La liquidité du sable, l’architecture d’une toile d’araignée, le comportement d’une goutte d’eau&#8230; Des phénomènes qui existent déjà. A l’image de vivant, ils semblent parfois se mouvoir de manière autonome. Les figures de la chute, de la bascule, glissade, sont très présent, comme le constat assumé de leur non maitrise et de leur insaisissabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lichen est un végétal singulier, symbiose d’un champignon et d’une algue. C’est un organisme pionnier très résistant et qui a une faculté de reviviscence. Comptant des dizaines de milliers d’espèces, un lichen peut avoir trois mois, comme trois milles ans. Cette forme d’intemporalité est troublante. Son mode de croissance et d’expansion se fait par colonisation des surfaces. Cette structure de déplacement renvoie à la manière dont l’homme colonise et habite le territoire.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Colonie</em> tient dans ce paradoxe entre des objets façonnés par l’homme, et l’épaisseur du temps qui les recouvre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel est votre rapport à la collection et au prélèvement ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’ensemble de mes travaux sont des tentatives de captures, de relevé, d’enregistrement, de prélèvement de mouvements et de sections de temps inscrits dans la matière. Je construis des techniques, des composés et des dispositifs pour les écrire et les transcrire. Ce rapport de sens et de méthode, s’ancre plus dans une histoire de la sculpture, dans un lien très humain de regard sur le paysage. Le rapport à la collection est plus nouveau dans mon travail, et m’intéresse pour son système d’organisation, notions de réseaux et de trames qui sous-tendent ces ensembles.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyenne ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mon travail s’ancre dans une problématique environnementale, par le rapport aux matériaux et éléments pauvres et premiers, comme par des gestes simples, empiriques, et toujours en évolution dans un rapport non autoritaire à ce qu’il advient de l’expérience.</p>
<p style="text-align: justify;">Le film de la goutte d’eau*, le « <em>tissu de sable </em>», « <em>Colonie </em>», « <em>30cm </em>» de tronc d’arbre, « <em>la détente </em>» sont des d’œuvres qui ont un lien étroit et intact à la nature. Elles en sont des échantillons objectifs, actifs et transférés, selon une question de coexistences naturelle et culturelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Elles témoignent aussi d’un lien à un temps long, de quelque chose qui apparait très lentement et petit à petit… décale les échelles de perception. « <em>Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons »</em>, écrit Etienne Klein dans « <em>Les tactiques de chronos </em>». Le geste se veut être un vecteur de pensée sans altérer la nature de la Nature. Elle est trop souvent considérée comme une ressource gratuite, que le temps a pourtant patiemment sédimenté́, transformé, fossilisé&#8230; Le pétrole par exemple, épuisé en moins de 200 ans, est le résultat d’une dégradation lente du plancton qui a mis plusieurs dizaines de millions d&rsquo;années à se former. Le projet <em>Colonie </em>est le récit de cette réalité aussi, le lichen est une lente apparition endémique en milieu préservé de la pollution.</p>
<p style="text-align: justify;">* titre : « <em>11752 mètres et des poussières&#8230; </em>»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le constat du présent est déjà alarmant. La crise que l’on traverse, révèle bien la fragilité de notre système de globalisation (industriel, social et économique), notre anthropocentrisme millénaire.<br />
La planète souffle, mais juste un fragment de seconde à l’échelle de son temps. Une trêve.  Sommes-nous capable à l’échelle mondiale de changer radicalement le cours des choses et tirer leçon de cette situation ? Un bilan tout à fait relatif par rapport aux problèmes alimentaires, énergétiques, migratoires et climatiques menaçant des milliers d’êtres humains et d’espèces du vivant. Nous laissant entre nous, espèce suicidaire et démente.</p>
<p style="text-align: justify;">Changer de paradigme, radicalement, ensemble, exige un courage politique et un immense engagement collectif. Ralentir, amorcer une décroissance, désapprendre certains automatismes, nous offrirait tellement de belles inventions, de retour sur des champs de connaissance laissés en marge, de ré-envisager autrement l’histoire de la pensée, d’abandonner tant de mécanismes et de langages douloureux, de protéger la biodiversité, de se décentrer, de retrouver des manières d’être ensemble, de se souvenir d’aimer.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>PRIX COAL 2020 : RENCONTRE AVEC VICTOR REMÈRE</title>
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		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jun 2020 09:09:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL 2020]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&#8217;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés. Victor Remère est né en 1989 à Chaumont, France. Il vit et travaille à Toulon, France. Diplômé de l’École Nationale Supérieure [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/Fortin2.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-18055" src="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/Fortin2.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés.</p>
<p><strong>Victor Remère est né en 1989 à Chaumont, France. Il vit et travaille à Toulon, France. </strong></p>
<p>Diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy et de l’Université Concordia de Montréal au Canada, Victor Remère participe en 2013 à la première session du Post-diplôme « Création et mondialisation » à Shanghai. Là, aux côtés de l’artiste Paul Devautour, et de l’économiste Yann MoulierBoutang, il définie sa pratique de l’art comme une pratique du monde. Faire œuvre au sein d’un marché populaire, étudier la «tropicalisation» du littoral méditerranéen par l’introduction massive de plantes exotiques durant la seconde moitié du 18e siècle, créer une horloge « low tech » qui relie les fruits de la récolte au passage du temps dans une ferme, autant de nouveaux formats d’intervention guidés par le souci de nouer des liens en dehors des cadres institués de l’art. Sensible à la richesse des paysages, il poursuit aujourd’hui ses recherches, ses travaux et ses explorations en observant l’impact de l’activité humaine sur la faune et la flore.</p>
<p><strong>PROJET NOMMÉ POUR LE PRIX COAL 2020 : LES INDEMNES DE L&rsquo;ART</strong></p>
<p>En « sanctuarisant » d’importantes zones dédiées aux manœuvres et aux exercices de l’armée depuis 150 ans, les terrains militaires, d’accès très réglementés, ont échappé à l’extension urbanistique, à la spéculation foncière, à certains modes d’agriculture intensive, à l’industrialisation, tout en étant soumis à un entretien et à une intervention minimale de l’homme. Ces conditions de conservation d’espaces naturels, représentent un intérêt majeur pour la préservation de la flore et de la faune, et font de ces territoires des réservoirs de biodiversité remarquables. Ne pourrait-on pas imaginer que ces territoires puissent devenir des modèles d’éco-gestion et un terreau favorable pour y faire germer de nouvelles stratégies de défense, au service cette fois, de notre précieuse biodiversité ?</p>
<p>Victor Remère part à la découverte de ces lieux, en particulier ceux de La Presqu’île de Saint-Mandrier, dans la petite rade de Toulon. Il s’attache, en coopération avec la Marine Nationale qui les gère, à créer des « zones-laboratoires », croisant recherches scientifiques, pratiques artistiques et savoir-faire agricoles au service de la préservation du vivant. Parmi ces dispositifs, Victor Remère souhaite notamment installer des ruches sauvages connectées, conçues comme des objets artistiques, scientifiques et artisanaux.</p>
<p>Le cœur du projet, et son processus, consistent à rendre des pratiques sociales compatibles, en cherchant à affirmer qu’une intervention artistique peut préserver son autonomie et garder sa spécificité, en échappant aux espaces protégés des institutions, en surgissant là où elle est la moins attendue, tout en conviant à sa réalisation ceux qui sont généralement les plus éloignés des pratiques de l’art contemporain : « les indemnes de l’art ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Décrivez-nous votre environnement actuel, comment vivez-vous cette ère de covid-19 ? Comment cette situation influence-t-elle votre démarche artistique ? </strong></p>
<p>Le confinement, je le vis seul, au troisième et dernier étage d&rsquo;un appartement plutôt spacieux qui ne comprend ni jardin, ni balcon, dans le centre ancien de Toulon, à 500 mètres du Port. Si j’éprouve l’absence des personnes qui me sont proches, les espaces de nature, la mer où je pratique l&rsquo;apnée et le surf, les montagnes, la forêt, où je cueille, marche, respire, manquent aussi à mon équilibre. Cet isolement est une expérience unique, un défi, un enseignement. Je le compare à une forme d&rsquo;exploration, avec son lot de difficultés, d&#8217;embûches, de découragement, mais toujours le désir renaissant d’un aboutissement. C’est l’expérience nécessaire à l’invention de gestes inédits, au défrichage de nouveaux territoires personnel, artistiques &#8230;  Acteur de terrain, mon approche de l&rsquo;art c’est la pratique du monde, alors, si cette contrainte de l&rsquo;isolement réfrène mon activité, les origines de cette crise, la destruction des habitats naturels, renforce considérablement ma volonté de faire vivre ce projet Les indemnes de l&rsquo;art. Aujourd&rsquo;hui, plus que jamais convaincu de l&rsquo;intérêt qu’il y a, à valoriser le bénéfice biologique et naturaliste de ces micros territoire sanctuarisé.</p>
<p><strong>Quel est votre premier rapport sensible avec le vivant ? </strong></p>
<p>J’ai grandi en Haute-Marne, régulièrement gardé, avec mon frère, par mes grands-parents maternels qui vivaient dans le petit village de Clinchamp, comptant moins de 200 habitants. On traversait la rue pour aller chercher le lait à la ferme, on y nourrissait les lapins que mon grand-père élevé, on participait aux affouages, on entretenait le potager, et on marchait, beaucoup, au milieu des champs, des forêts, des fermes. J&rsquo;y ai appris à reconnaître les arbres, les comestibles, certaines fleurs&#8230; plus encore, à découvrir le « Vivant » dans toute sa définition.</p>
<p><strong>Qu’est ce qui a inspiré votre projet ? Comment est né votre intérêt pour le sujet ?</strong></p>
<p>C’est au cours d’une résidence menée sur la Côte méditerranéenne en 2016 que je me suis intéressé à la volonté de « tropicalisation » de la région durant la seconde moitié du 18e siècle. Le travail qui en résulte, « Planter le décor », témoigne de cette introduction massive de plantes exotiques pour y attirer le premier « tourisme de villégiature » important de l’histoire moderne. Sensible à la richesse des paysages de cette région, située entre terre et mer, j’y poursuis, en 2018, mes recherches, mes travaux et mes explorations, en observant l’impact de l’activité humaine sur la faune et la flore. Étudiant du regard ces espaces comme on étudie une carte, avant d’y planter la pointe d’un compas pour y définir une zone de prospection et d’action, je découvre, avec beaucoup d’enthousiasme, qu’il subsiste des secteurs difficilement accessibles, mais où la vie sauvage foisonne : des aventures à portée de main ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces espaces naturels préservés, sont à mettre au bénéfice de la présence, historique, de l’armée, dans cette région. Indemnes de toute présence intrusive de l’homme depuis 150 ans, ces territoires constituent des réservoirs de biodiversité remarquable.</p>
<p><strong>Comment s’est engagé la collaboration avec la marine ?</strong></p>
<p>J’obtiens en 2019, le soutien de la DRAC- PACA, afin d’engager un travail de recherche sur ces « espaces conservatoires », sous la forme d’une « aide à la création ». Cette confiance, accordée par les services déconcentrés de l’État, et le soutien d’acteurs politiques et culturels locaux, m’ont permis d’entrer en contact avec la Préfecture Maritime de Toulon, à travers son Pôle « environnement ». Les autorités militaires de la Marine nationale, accueillent ma proposition avec beaucoup d’intérêt et une grande disponibilité.  Suite à de nombreux échanges et plusieurs explorations des terrains militaires de la presqu&rsquo;île de Saint-Mandrier sur Mer, formant la partie sud de la petite rade de Toulon et couvrant plusieurs centaines d’hectares, nous avons sélectionnés en coopération avec l&rsquo;armée, certains de ces espaces sauvages. Ils seront appelés, dans le cadre de mes travaux, à devenir des « zones-laboratoire », au croisement des domaines de la recherche, des pratiques artistiques, du savoir-faire agricole et dont les objectifs conduiront à inventer, et développer des stratégies de défense de cette fragile biodiversité. Déjà̀ des dispositifs sont à l’étude, développés en partenariat avec l’université, en co-construction avec la City- lab (Toulon), des apiculteurs, des enseignant-chercheurs et la participation d’artisans locaux.</p>
<p><strong>Pourriez-vous nous expliquer le titre « les indemnes de l’art », qui fait référence à des pratiques en dehors du milieu artistique </strong><strong>?</strong></p>
<p>L’union paradoxale, au premier abord, de l’art et des armées se révèle, en fait, être une mise en complémentarité des compétences : l’un, à fédérer les pratiques sociales, inventer de nouveaux langages, l’autre, à s’engager pour la défense d’une cause majeure, sur des micro territoires dont il a la responsabilité, utiliser l’ampleur de ses moyens d’action et mettre ses qualités organisationnelles, son savoir-faire, au service de l’objectif visé.<br />
Cette « circulation des savoirs », associée à un enjeu commun, ici « le défi écologique », peut illustrer une prise de conscience des interactions possibles entre de nombreux domaines, en se confrontant à des interlocuteurs, quelquefois inattendus. Échanges favorables à la construction d’un récit collectif et à un mutuel enrichissement humain.</p>
<p><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyen ?</strong></p>
<p>« Je fais ma part ! », répondit le colibri.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?</strong></p>
<p>Compte tenu de la situation actuelle, la réponse à cette question est rendue difficile. L’utopie voudrait que nous redonnions tous du sens à ce que l’on fait. Comme l’a écrit Albert Camus, dans « le Mythe de Sisyphe », en conclusion du livre, « il faut imaginer Sisyphe heureux ! ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Image à la une : </em>© <em>Victor Remère, Fortin. </em></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>PRIX COAL 2020 : RENCONTRE AVEC SPELA PETRIC</title>
		<link>https://projetcoal.org/prix/prix-coal-2020-rencontre-avec-spela-petric/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jun 2020 08:50:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
		<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL 2020]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&#8217;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés, jusqu&#8217;à l&#8217;annonce du lauréat. Špela Petrič est née en 1980 à Ljubljana, Slovénie. Elle vit et travaille entre Ljubljana et [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés, jusqu&rsquo;à l&rsquo;annonce du lauréat.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Špela Petrič est née en 1980 à Ljubljana, Slovénie. Elle vit et travaille entre Ljubljana et Amsterdam.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Špela Petrič, formée aux sciences naturelles et titulaire d’un doctorat en biochimie et biologie moléculaire se consacre principalement à l’exploration des nouveaux médias. Sa pratique artistique combine les différentes sciences naturelles et interroge les limites de l’anthropocentrisme via des tentatives de dialogue inter-espèces. Par l’expérimentation de procédés artistiques et scientifiques inattendus, elle révèle les fondements ontologiques et épistémologiques de nos sociétés technologiques. Elle a reçu plusieurs prix, comme le White Aphroid en Slovénie, le Bioart and Design Award (Pays-Bas) et un prix de distinction au Prix Ars Electronica (Autriche).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>PROJET NOMMÉ POUR LE PRIX COAL 2020 : PL&rsquo;AI</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comment inventer de nouvelles manières de prendre soin des formes de vie terrestres, à l’heure où l’abstraction informatique et la gouvernance algorithmique sont devenues notre réalité commune ? Comment répondre au profond mépris du monde contemporain envers le végétal, négligeant ses capacités évolutives, sa résilience et son rôle crucial dans la biosphère ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour lutter contre la solastalgie, cette éco-anxiété contemporaine causée par les changements environnementaux, une équipe interdisciplinaire composée d’artistes, de scientifiques, d’ingénieurs et de programmateurs tente de répondre à ces questions en créant des plantes-machines, des robots capables de se considérer comme des plantes. A travers ces plantes-machines, <em>PL’AI</em> enquête de manière ludique sur le comportement des plantes pour faciliter de nouvelles interactions entre le monde végétal et les technologies informatiques, telles que l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle. Un algorithme informatique d’auto-apprentissage et des appendices mécaniques permettent ainsi d’entrer dans le temps et le rythme de la plante pour jouer avec elle.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>PL’AI</em> convie le visiteur à un spectacle inédit, celui d’un jeu entre un plant de petits pois et une intelligence artificielle (AI), cette dernière étant capable de connaître la plante, de prédire son évolution, sa croissance, jusqu’à se rétracter avant que la vrille de pois ne s’y accroche. En temps réel, ni la machine ni la plante ne sembleront se déplacer, mais grâce à une vidéo en accéléré, le jeu à l’oeuvre entre l’intelligence artificielle et le plant de petits pois en croissance devient perceptible.</p>
<p style="text-align: justify;">La rencontre entre une plante et un robot, entre des entités vivantes non-humaines et l’univers numérique et algorithmique, nous invite alors à dépasser nos limites culturelles et physiques humaines et à considérer sous un nouveau jour les créatures vivantes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Décrivez votre environnement actuel, comment vivez-vous cette ère de covid-19 ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je suis actuellement à Amsterdam, et même si les Pays-Bas n’ont pas imposé de mesures restrictives sur les déplacements, je reste la plupart du temps à l’intérieur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Est-ce que cette situation influence votre pratique artistique ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette pandémie est aussi déconcertante que fascinante à observer. Les processus sociétaux et politiques, qui dans d’autres cas seraient passés inaperçus, sont désormais dévoilés au grand jour. Bien sûr, cela implique la responsabilité d’agir, de réagir, mais comment donner un sens à quoi que ce soit lorsque nous sommes confrontés à un tumulte de mauvaises informations et émotions ? Pour le moment, j’accueille le fait d’être submergée, et de laisser les observations, les lectures et ma sensibilité me traverser. Par coïncidence, c’est le moment idéal pour ralentir, et cette période printanière est parfaite pour observer les plantes, leur activité de renaissance : c’est une tâche cruciale pour mon art, mais un luxe impossible dans des circonstances normales.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pouvez-vous nous raconter d’un évènement particulier qui a influencé votre rapport à la nature et la biodiversité ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je pense qu’il y a de nombreux exemples qui ont façonné mon affection nuancée pour les créatures vivantes. Au-delà de la joie et la fascination enfantine, dont on fait presque tous l’expérience, j’ai été confrontée à la biodiversité à travers l’optique de mes études. En observant les écosystèmes, la biologie enseigne l’esthétique de l’abondance et la résilience qui émerge de relations tissées de manière complexe. En ce sens, un biologiste est rarement aussi neutre que ce que la science laisse entendre – et pour de bonnes raisons puisque, nous les humains, nous dépendons de la stabilité de ces processus.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, lorsque j’ai approfondi les origines et les utilisations de termes tels que « biodiversité », « services écosystémiques », ou « nature » au cours de ma pratique du bioart, j’ai compris que ces concepts étaient situés dans le temps et l’espace, et émergent de différentes traditions de conservation environnementale. Par exemple, les champs de l’Europe de l’Est sont un haut lieu pour la biodiversité mais ils sont anthropiques – sans coupes ou pâturages réguliers, les forêts les envahissent rapidement. La conservation de la nature est habituellement appréhendée à travers le modèle Nord-américain consistant à éviter autant que possible l’intervention humaine, modèle qui a notamment été mis en œuvre par le passé à des fins douteuses, par exemple pour légitimer la déportation des peuples autochtones du parc national « vierge » de Yellowstone. La conservation de la nature est désordonnée et spécifique à chaque culture, ce qui rend encore plus énigmatique et difficile la façon d’agir lorsqu’on évoque la biodiversité au sens universel et global.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment combinez-vous la technologie et la nature dans votre travail? Vous comparez cela à un jeu de cache-cache, pourrions-nous également parler de jeu d’échec ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">En raison de la façon dont la technologie est imprégnée d’histoire, elle nous pousse vers certains usages et non vers d’autres. Cela perpétue certains points de vue faciles, mais ardus à changer. Compte-tenu du rôle que la technologie a joué sur notre conscience contemporaine de la nature (cette vaste machine de capteurs, d’algorithmes et de personnes qui produisent les images du changement climatique ; des photos saisissantes d’espèces menacées d’extinction ; les modèles informatiques qui mettent à jour les prises de décisions sur le secteur agricole, etc.), il est important de réexaminer et retravailler les relations entre la technologie et les créatures vivantes, et que notre attitude à leur égard change.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>PL’AI </em>est une installation qui aspire à créer les conditions permettant de créer un jeu entre une plante grimpante et un robot mu par l’intelligence artificielle. Contrairement aux intelligences artificielles orientées vers la productivité et qui sont actuellement à la pointe de l’agriculture, nous avons compris que les plantes présentent un comportement très complexe qui ne peut être réduit à de simples objectifs. Nous avons alors précisément besoin du machine-learning ici, car le jeu trans-espèces que nous proposons échappe à une définition logique, biologique ou esthétique préméditée. En d’autres termes, nous nous intéressons à la dimension d’enchantement, où la plante et l’intelligence artificielle s’instruisent mutuellement les règles du jeu et nous montrent comment elles jouent ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel rôle envisagez-vous pour l’intelligence artificielle dans la protection de la biodiversité ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous vivons un moment particulièrement intéressant où l’informatique couplé à la big data est devenu un instrument hautement efficace pour prédire et diriger les comportements sociaux – en d’autres mots, un outil de gouvernance. Je parle de cela car cela fait le lien avec ma première observation : que la décision selon laquelle il faut protéger la biodiversité repose toujours sur les personnes et leurs politiques. Comme cela a été noté dans des études sur les animaux, la seule manière de participer à la politique humaine est l’usage du langage, qui exclut automatiquement tous ceux qui ne peuvent pas parler. Ne serait-il pas plus radicalement pertinent à notre époque, que les rivières, les écosystèmes, les mycéliums fongiques, la fierté des lions ou les forêts puissent en quelque sorte participer directement à l’arène politique, sans avoir besoin d’être représentés (bien que le fait de considérer les forêts ou les rivières en tant que personnes morales soit déjà un grand pas dans la justice environnementale) ? Ou comme le suggère le projet artistique <em>Terra0</em>, qu’une forêt doive vendre son bois pour acheter la terre sur laquelle elle pousse ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est frappant dans ce concept c’est que, tandis que les intelligences artificielles deviennent des mains de plus en plus puissantes, nous sommes en train de nous battre pour la transparence, la représentation, la vie privée, l’égalité et la justice sans le concours des algorithmes. Quand nous concevons des « intelligences artificielles personnelles » qui seraient les représentantes de nos intérêts individuels et rendraient les écosystèmes numériques socialement responsables, nous devons penser à des moyens d’accorder également cette possibilité à des entités non-humaines. Après tout, les ordinateurs se moquent de savoir de qui proviennent les données. Le défi est donc de considérer comment les intelligences artificielles pourraient devenir la voix d’une barrière de corail, d’une forêt tropicale ou d’une prairie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quel est votre rapport à l’engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyenne ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que nos sociétés ont été systématiquement dans le déni à propos de notre dépendance vis-à-vis de l’environnement depuis trop longtemps, enivrées par la promesse d’un contrôle par le progrès des sciences et des technologies. Mais, bien que nous minimisions l’institution environnementale, nous observons dans le même temps comment la perte de la biodiversité, les pratiques d’extraction et l’agriculture monoculturelle contribuent à des catastrophes telles que la pandémie de covid-19, la résistance aux antibiotiques, la désertification et les migrations dues aux changements climatiques. L’engagement environnemental, qui brouille les frontières entre ma vie professionnelle et ma vie privée, signifie pour moi réapprendre à vivre étroitement avec des agents et processus qui peuvent apparaître comme un décor mais qui sont en fait constitutionnels et indispensables à notre existence.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai choisi de travailler avec les plantes précisément parce que j’étais désintéressée par elles. Cette métamorphose a commencé il y a 6 ans, quand j’ai voulu comprendre comment je pouvais être insensible aux organismes qui sont littéralement la bouée de sauvetage de la totalité de la biosphère. Le voyage à travers les recherches artistiques et la création m’a appris non seulement à apprécier l’être végétal, mais aussi les actions banales de rejets que nous accomplissons, ignorant qu’à travers cela, nous maintenons des attitudes préjudiciables à l’environnement. Je m’efforce de créer des possibilités de rencontres qui surprennent et attirent, afin que les gens puissent – à leur manière – trouver un chemin vers une familiarité pour des lieux improbables et qui révéleraient comment l’écologie et l’économie peuvent s’articuler pour prendre soin de ce dont nous dépendons.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est une question difficile, car ce que nous imaginons de l’avenir est si léger et idéologique comparé au tourbillon que cela sera. J’imagine que j’ai déjà beaucoup parlé de mes désirs, donc peut-être tout ce que je peux ajouter c’est que j’aimerais être agréablement surprise. J’attends avec impatience des événements qui nous surprendraient, mais pas seulement avec des effets désastreux. J’aimerais faire la rencontre d’alliés inattendus qui ferait du monde un endroit plus intéressant, ouvert, divers et accueillant<em>. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
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		<title>PRIX COAL 2020 : RENCONTRE AVEC LOUIS GUILLAUME</title>
		<link>https://projetcoal.org/prix/prix-coal-2020-rencontre-avec-louis-guillaume/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jun 2020 08:41:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
		<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL 2020]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&#8217;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés, jusqu&#8217;à l&#8217;annonce du lauréat. Louis Guillaume est né en 1995 à Rennes, France. Il vit et travaille à Rennes, en France. [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/DSC4379.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-18005" title="© Louis Guillaume, Nids de frelons asiatiques récupérés entre octobre et décembre 2018. Présentés sur une palette avant d’être utilisés puis transformés." src="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/DSC4379.jpg" alt="" width="500" height="306" /></a></p>
<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés, jusqu&rsquo;à l&rsquo;annonce du lauréat.</p>
<p><strong>Louis Guillaume est né en 1995 à Rennes, France. Il vit et travaille à Rennes, en France.</strong></p>
<p>Louis Guillaume est un jeune artiste de vingt-quatre ans, récemment sorti de l’école des Beaux-Arts de Rennes. Sa pratique s’est nourrie de nombreux voyages entre l’Europe, l’Asie et l’Amérique ainsi que de multiples collaborations avec des jardiniers et botanistes.</p>
<p>Pour ses installations et sculptures, il glane selon les saisons et réalise des œuvres souvent éphémères, faisant des formes du vivant son axe de développement et de recherche principal.</p>
<p><strong><strong>PROJET NOMMÉ POUR LE PRIX COAL 2020 : </strong>SAISONS ET ESPECES, STRUCTURES DU VIVANT</strong></p>
<p>Tel un chasseur-cueilleur en quête permanente de ce qui lui servira de matériau, Louis Guillaume arpente les milieux comme autant de jardins où sont cartographiées des zones de récolte et d’approvisionnement en ressources naturelles, propres à chaque période de l’année. Il y cherche des alternatives naturelles à ce qui existe industriellement, faisant parfois appel à des traditions oubliées. Colle à base de bouleau, de résine de pin ou de gui, cheminée en turricule de vers de terre, c’est le lien plastique et usuel qui le lie à la matière. Imitant le végétal, il tend vers une autonomie des moyens et s’occupe de ses réalisations éphémères comme on prend soin d’une plante, en jardinier.</p>
<p>Avec <em>Saisons et espèces, structures du vivant,</em> il souhaite développer ces expérimentations centrées sur les saisons et les intempéries qui guident sa création : ramasser des nids de frelons abandonnés après certains coups de vent, profiter en mai des peupliers en période optimale de pollinisation, amasser de la turricule aux endroits où elle est la plus chargée en matière argileuse, étudier la structure interne alvéolaire des stipes et des feuilles du bananier d’Abyssinie en juin, le houx en juillet, les cheveux d’ange en août, le gui en décembre puis la coquille d’huitre pour le reste des mois en -bre…</p>
<p>La question du temps est omniprésente dans le vivant. S’en rapprocher, c’est activer une décélération, s’ouvrir à un monde qu’il faut observer pour le saisir et toucher pour le comprendre. Par ce processus de digestion biomimétique, Louis Guillaume construit un avenir tourné vers le progrès technique qui se trouve aussi dans ces formes de vie toujours innovantes et ces savoir-faire présents depuis bien plus longtemps que nous.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Décrivez-nous votre environnement actuel, comment vivez-vous cette ère de covid-19 ? Comment cette situation influence-t-elle votre démarche artistique ? </strong></p>
<p>Je le vis étrangement bien. J’ai quitté mon appartement et mon atelier à Rennes pour venir à la Rochelle chez mes parents. Je suis dans une situation de confinement plutôt agréable, entouré de ma famille et d’un jardin. Tout le monde va bien autour de moi, c’est un point important. Je vis à peu près normalement grâce à tous ces gens qui sont mobilisés sur le terrain et qui font de leur mieux pour que le monde ne sombre pas dans un chaos total. Autrement, je suis dehors la plupart du temps, dans mon jardin que je n’ai jamais fini d’observer. Je me dis aussi que c’est une vraie opportunité pour la nature qui est en pleine période de reproduction pour donner le meilleur d’elle-même pour assurer sa pérennité. Artistiquement, ma pratique sculpturale est entrée en hibernation, alors que la pratique du dessin et de la peinture que j’avais ensevelies depuis mon entrée aux Beaux-arts reprend des couleurs. La situation actuelle est pleine de contraintes, il faut voir comment s’en inspirer, travailler avec la contrainte est toujours quelque chose de formateur. Je suis aussi actuellement sur l’écriture d’un scénario autour du sujet de l’escargot. L’idée m’est venue alors que je jardinais et qu’une limace a commencé à faire des motifs sur mon t-shirt. L’histoire évoquera des situations du confinement, tout en basant la narration autour d’un jeune homme, d’une rencontre bouleversante, jusqu’à une métamorphose, évoquant des questions sur le genre.</p>
<p><strong>D’où vous vient cette sensibilité au vivant, au végétal ? Et qu’est-ce qui vous fascine dans les saisons, les conditions climatiques qui régissent un milieu, les matériaux organiques ?</strong></p>
<p>J’ai depuis longtemps une sensibilité pour le végétal, que mon père passionné de jardin a su éveiller et aiguiser. Au niveau artistique, ce sont toutes les formes du vivant et leurs comportements qui m’intéressent et m’inspirent : le potentiel d’adaptation des plantes, la façon dont elles cohabitent dans un milieu, le réseau d’interdépendance de chaque élément. En mimétisme aux formes du vivant, mes réalisations sont éphémères, en évolution constante au fil du temps. Le terme d’œuvre pour moi englobe tout ce processus de récolte et de transformation jusqu’à la réalisation plastique. À la manière d’un architecte nomade, tout s’invente : de la récolte, au stockage, au déplacement, jusqu’au moment de l’installation. Tout cela, dans un cycle qui se perpétue au fil des saison et des déplacements. L’installation ou la réalisation plastique « achevée » n’est qu’une étape dans la vie de l’œuvre. C’est d’ailleurs sûrement pour cela que je les expose en suspension, dans une situation d’attente, de fragilité et de légèreté.</p>
<p><strong>Votre formation aux Beaux-Arts de Rennes vous a-t-elle incité/permis de développer cet intérêt pour le vivant ? Quelle est la place accordée au vivant dans les Beaux-Arts ? Plus généralement dans l’art contemporain ?</strong></p>
<p>Je pense qu’elle est de plus en plus présente au sein des Beaux-Arts. Notamment je crois par la présence de Nicolas Floc’h, enseignant à l’école et très investit sur ces questions. Les projets qu’il met en place au sein de l’EESAB jouent un rôle de sensibilisation auprès des étudiants. J’ai eu la chance de faire évoluer ma pratique en la confrontant à son regard. J’ai ensuite eu l’opportunité de faire une résidence sur OAO, son bateau d’exploration du milieu marin. Cela m’a permis de découvrir un milieu riche et encore peu représenté. Je m’y intéresse de plus en plus. Je pense aussi à Kristina Solomoukha qui m’a beaucoup apporté à propos de l’implication de l’art sur le monde politique.</p>
<p>Travailler avec le vivant, l’organique, pose la question des effets du temps, car il s’agit souvent d’œuvres qui ne se conservent pas. Selon moi, l’enjeu est là finalement : considérer / accepter l’œuvre d’art dans ses transformations, son instabilité, son caractère éphémère.</p>
<p><strong>Racontez-nous un processus de transformation entre la matière ré</strong><strong>colt</strong><strong>ée telle quelle et la réalisation plastique que vous en tirez ?</strong></p>
<p>Je ne transforme pas directement la matière, du moins pas tout le temps. J’essaie justement de préserver au maximum la matière que je trouve, pour pouvoir la réutiliser au fil de mes réalisations. Cela jusqu’à l’épuisement.</p>
<p>La véritable transformation s’exprime par ma réalisation plastique qui doit s’adapter à son déplacement, son installation, puis son stockage et ainsi de suite. C’est pour cela qu’elles sont souvent pensées en kit, à agencer, modulables et extensibles selon le lieu.</p>
<p>Néanmoins, ce qui arrive souvent c’est que je prélève de la matière pré-transformée par des processus naturels. Par exemple, les nids de frelons asiatiques. Ils sont composés d’écorce de bois, provenant d’une multitude d’arbres &#8211; préférant le vieux bois plus tendre pour en faire leur nid. En m’en saisissant, j’interfère à mon tour dans l’évolution de la matière qui a déjà subit la transformation des frelons. Puis, je réduis en poudre le nid pour en faire des sculptures mélangées à de la résine de pin. Le terme transformation est un changement d’état, de formes.</p>
<p>Au Mexique j’ai travaillé avec des peaux d’oranges grâce à un marchand qui les pelaient en de fines lamelles. Une forme que je n’avais jamais observée. Je n’avais que quelques heures pas plus, pour profiter de son élasticité afin de la tresser. La chaleur cristallisait l’ensemble rapidement. Plus tard je me suis aperçu que les fourmis s’étaient appropriées à leur tour ma réalisation. Elles disséquaient la peau afin de l’acheminer jusqu’à la fourmilière. La boucle était bouclée.</p>
<p><strong>Créer à partir de la nature, qu’est-ce que ça change ? Peut-on dire que l’art est déjà dans la nature ? La nature dans l’art ? Aussi, comment vous situez-vous dans la frontière art/artisanat ?</strong></p>
<p>Les formes d’art sont dans la nature en effet, on ne pourrait d’ailleurs pas penser se les approprier et faire mieux. Mais ces formes apparaissent aussi par le regard de l’homme, c’est justement en jumelant et en essayant de croiser ces regards qu’on peut essayer de créer des choses intéressantes. Instaurer une relation parallèle avec le vivant et l’humain au lieu d’une relation perpendiculaire. Créer à partir de la nature c’est adopter un comportement d’observation, de patience, une décélération dans le processus de fabrication. Personnellement, j’essaie de reconnecter ma pratique avec certaines traditions, artisanats, qui travaillent au contact de la matière, qui nous font éprouver la matière.</p>
<p><strong>Comment envisagez-vous l’exposition de vos œuvres éphémères et mouvantes </strong><strong>?</strong></p>
<p>J’essaie de m’écarter un peu du white cube mais l’œuvre, aussi éphémère et mouvante soit-elle, a besoin d’être contextualisée. Pour mon exposition de diplômé, aux Beaux-Arts de Rennes, j’ai par exemple choisi d’exposer dans le parc du Thabor, plus particulièrement dans les serres botaniques. Cette contextualisation dans ce parc permettait de retrouver le lien avec la provenance des matériaux. Mon intention était aussi de favoriser une approche pour un plus large public. Pour cela, à l’avenir j’aimerais beaucoup me rapprocher des Parcs botaniques et des espaces naturels pour l’exposition de mes travaux et conserver ce lien avec le milieu de mes recherches.</p>
<p>Je souhaite aussi développer mes recherches autour du spectacle vivant et de la performance. Les matières que j’utilise s’y prêtent bien. Mon processus de création possède déjà une part chorégraphique et onirique.</p>
<p><strong>Comment réfléchissez-vous aux formes et temporalités de vos sculptures </strong><strong>? </strong></p>
<p>Je m’inspire en observant les comportements des végétaux, des insectes, des animaux mais surtout, je choisis les matériaux avec lesquels je veux travailler, selon les caractéristiques de ceux que je récolte : leur élasticité, leur plasticité, leur souplesse. Je m’inspire des caractéristiques du matériau, de ce qu’il transporte avec lui, de ce qu’il a intégré pour s’adapter et évoluer.</p>
<p><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyen ?</strong></p>
<p>En tant qu’artiste, je compte faire partie de ce mouvement collectif de sensibilisation et de protection du vivant. Ouvrir aussi ma production avec des scientifiques et des acteurs engagés autour de la préservation des espèces, des végétaux, de l’environnement. Favoriser un processus de création respectueux de l’environnement à toutes les étapes. Transmettre à la jeune génération est aussi primordiale. En collaboration avec Béatrice Guilleman nous avons animé des ateliers dans une école primaire autour des questions de collectes de matériaux naturels ou transformer afin de concevoir en trois dimensions un monde plus en lien avec la nature. J’ai aussi réalisé la scénographie de la chorégraphe Corinne Duval qui a pensé un spectacle destiné à la petite enfance, entièrement conçu à partir de matériaux naturels afin de sensibiliser les enfants à l’éveil des sens, aux sensations procurées par le contact avec l’organique. Dans ce travail de sensibilisation, la part d’esthétique est importante car elle permet une première accroche, elle permet d’attirer le regard à partir d’une forme, d’une sculpture, et d’aiguiser la curiosité des gens. Dans le cadre de mon exposition au Thabor par exemple, certaines personnes ont quitté l’exposition en ayant envie d’être plus attentifs à certains matériaux avec lesquels j’avais travaillé. La préservation de nos environnements provient de notre attention et des regards qu’on leur porte.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?</strong></p>
<p>Je pense qu’il y a une prise de conscience de la valeur du vivant de plus en plus forte. Autour de moi j’entends beaucoup l’envie d’ouvrir des fermes, de se retrouver, reconnecter à l’environnement. Mais cette prise de conscience doit être relayée aussi par des décisions politiques concrètes. C’est pour cela que je suis heureux de pouvoir participer grâce à COAL au congrès de la Nature de L’UICN afin d’apporter une voix supplémentaire à l’association. Il faudra bien renouer ce lien avec le vivant qu’on a mis de côté. Le bio-mimétisme, la bio-inspiration peut elle aussi apporter la part de progrès qui est indispensable à l’homme. L’homme est un phasme indiscipliné. Il faut que l’on assimile le bon mouvement à avoir sur la branche pour ne pas qu’elle casse, que l’on adopte le bon comportement pour se fondre dans l’environnement sans trop l’affecter.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Image à la une : © Louis Guillaume, Nids de frelons asiatiques récupérés entre octobre et décembre 2018. Présentés sur une palette avant d’être utilisés puis transformés.</em></p>
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		<title>PRIX COAL 2020 : RENCONTRE AVEC ANTHONY DUCHÊNE</title>
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		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jun 2020 08:39:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&#8217;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés, jusqu&#8217;à l&#8217;annonce du lauréat. Anthony Duchêne est né en 1976 à Montpellier, France. Il vit et travaille à Marseille, France. Anthony [&#8230;]</p>
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<dl id="attachment_18000">
<dt><em><a href="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/6.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" title="© Anthony Duchêne, Les Kamikazes, bois et huile sur céramique, 2019. " src="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/6.jpg" alt="" width="500" height="612" /></a></em></dt>
<dt>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés, jusqu&rsquo;à l&rsquo;annonce du lauréat.</dt>
</dl>
</div>
<p><strong>Anthony Duchêne est né en 1976 à Montpellier, France. Il vit et travaille à Marseille, France. </strong></p>
<p>Anthony Duchêne est plasticien, diplômé de l’École supérieure des Beaux-arts de Marseille en 2006. Il développe un travail de sculpture, de dessin et d’objets inspirés par le fonctionnement de la nature et du monde animal. Entrecroisant l’univers des sensations gustatives et olfactives, il évoque par ses réalisations des figures d’hybridations et de mutations d’espèces végétales et animales lui inspirant des combinaisons inédites. En 2012, il reçoit le prix Science Po pour l’art contemporain pour son œuvre « Empyreume », une sculpture proposant une dégustation de vin tronquée autour de la famille des arômes empyreumatiques. Plus récemment passionné par les vins vivants, il se rapproche de paysans-vignerons pour étudier le fonctionnement des sols, l’équilibre de la nature et de la biodiversité.</p>
<p><strong><strong>PROJET NOMMÉ POUR LE PRIX COAL 2020 : </strong>J&rsquo;ENHERBE LE MONDE</strong></p>
<p>Maintenir, préserver, développer l’équilibre de la nature et refuser tout intrant chimique, telle est la volonté commune de quelques vignerons-paysans qui s’opposent aux diktats de l‘agriculture moderne. C’est avec eux qu’Anthony Duchêne collabore depuis trois ans pour <em>J’enherbe le monde</em>. Avec leur concours, il réalise des œuvres plastiques mais aussi des installations implantées dans leurs vignes afin de rendre visible et palpable leur rôle dans la préservation et le développement de la biodiversité.</p>
<p>Anthony Duchêne part d’études scientifiques, de savoir-faire paysans et d’expérimentations : au Domaine Ledogar (Corbières), il utilise ainsi la diffusion sonore pour stimuler les défenses immunitaires et soigner naturellement les vignes contre les attaques de champignon sans avoir recours à la chimie ; au Domaine Léon Barral (Faugères), il crée une œuvre pouvant accueillir et fidéliser les chauves-souris qui vont pouvoir, à leur tour, fertiliser naturellement les sols ; au Domaine Sicus (Catalogne Sud), il propose de fabriquer des amphores de vinification en argile issue du terroir même, afin d’élaborer un vin typiquement endémique et mettre un terme à l’exploitation des chênes pour la réalisation des barriques.</p>
<p>Ce sont les échanges, les recherches et les observations menées avec les vignerons qui innervent et alimentent l’ensemble du projet qui, à terme, vise à partager, sous la forme d’un documentaire, les méthodes employées par ces paysans-vignerons et transmettre les valeurs d’une polyculture respectueuse du vivant.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Décrivez votre environnement actuel, comment vivez-vous cette ère de covid-19 ? Comment cette situation influence votre démarche artistique ? </strong></p>
<p>Le confinement dû au Covid-19 n’a pas modifié ma façon de travailler ni étouffé ma démarche. J’ai simplement privilégié, pour des raisons pratiques, les recherches et la réflexion à la réalisation plastique.</p>
<p><strong>Quel est votre premier rapport sensible avec le vivant ? </strong></p>
<p>Le premier rapport sensible au vivant s’est révélé par un fort intérêt pour le monde animal. Intéressé par la forme mais aussi par le mode de vie de l’espèce animale, j’ai commencé à développer un travail hybride en y insérant progressivement d’autres domaines du vivant que sont le monde végétal et minéral.</p>
<p><strong>Comment est né votre projet ?</strong></p>
<p>Passionné par le vin et l’histoire de la cuisine en général, j’ai orienté mes recherches sur les pratiques des Paysans-Vignerons qui privilégient le respect des sols en cherchant inlassablement à parfaire leurs connaissances sur le fonctionnement et l’équilibre de la nature.</p>
<p><strong>Comment mettez-vous en place des démarches artistiques au sein d’un milieu agricole ?</strong></p>
<p><em>J’enherbe le monde</em> est né après deux années d’observation ; parcourant les vignes à travers l’Europe, au contact du terrain et de ses acteurs, j’ai nourri et développé cette démarche en m’appuyant sur les techniques atypiques et précurseurs de ces Paysans-Vignerons ; en leur proposant une forme de collaboration consistant à réaliser des œuvres implantées sur leurs parcelles. Celles-ci ayant un véritable rôle à jouer sur la biodiversité.</p>
<p><strong>Comment articulez-vous vos connaissances scientifiques et vinicoles avec l&rsquo;imaginaire ludique et plastique de vos œuvres ?</strong></p>
<p>J’articule d’abord tous ces thèmes autour de la notion de langage, puis se compose un travail d’hybridation à travers la sculpture et le dessin.</p>
<p>Il y a toujours eu une forme ludique et imaginaire dans mon travail, certainement due à l’influence d’artistes belges. Mais aussi une inspiration médiévale, puisque cette période et sa représentation sont empreintes de ruralité ; aspect que je souhaite défendre dans ma démarche esthétique, attentif aux valeurs des pratiques ancestrales qui tendent à revenir.</p>
<p><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyen ?</strong></p>
<p>A titre personnel, et en lien avec ma démarche, je privilégie les produits issus de cultures responsables et respectueuses de l’environnement et tout particulièrement en ce qui concerne la filière animale. Aussi je défends et soutien le système locavore qui tend à revenir à l’agro-sylvo-pastoralisme. Bien évidemment, la défense et la consommation de vins vivants.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?</strong></p>
<p>Restons Nature !</p>
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<p><em>Image à la une : © Anthony Duchêne, Les Kamikazes, bois et huile sur céramique, 2019</em></p>
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		<title>PRIX COAL 2020 : RENCONTRE AVEC MINERVA CUEVAS</title>
		<link>https://projetcoal.org/prix/prix-coal-2020-rencontre-avec-minerva-cuevas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[COAL]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2020 12:33:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
		<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&#8217;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés. Minerva Cuevas est née en 1975 à Mexico, Mexique. Elle vit et travaille à Mexico, Mexique. Minerva Cuevas est une artiste [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/2b2.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-17994" title="© JHVEPhoto. Monarch butterflies drinking water." src="https://projetcoal.org/wp-content/uploads/2020/06/2b2.jpg" alt="" width="500" height="281" /></a></p>
<p>Dans le cadre du Prix COAL 2020, dix projets d&rsquo;artistes ont été nommés pour figurer parmi les finalistes de cette onzième édition. Chaque jour, nous vous proposons une rencontre avec un des projets nommés.</p>
<p><strong>Minerva Cuevas est née en 1975 à Mexico, Mexique. Elle vit et travaille à Mexico, Mexique.</strong></p>
<p>Minerva Cuevas est une artiste conceptuelle qui développe des projets à fortes résonances politiques. Socialement engagé, et offrant des possibilités d’échange et de participation, son art transgresse les frontières et nous incite à reconsidérer notre place dans le monde, collectivement et individuellement. Ses thèmes de prédilection sont les ressources naturelles et les cultures indigènes, le colonialisme, les économies alternatives, la biotechnologie, l’autonomie et l’extinction. Elle a été exposée récemment au Museo de la Ciudad de Mexico (Mexico), à la Whitechapel Gallery (Londres). Elle a participé à des expositions collectives à la South London Gallery (Londres), au Guggenheim (New York), au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (Paris), au Centre Pompidou (Paris). Minerva Cuevas a également gagné le prix de la Deutscher Akademischer Austauschdienst (DAAD).</p>
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<p><strong>PROJET NOMME POUR LE PRIX COAL 2020 : MONARCH, THE BUTTERFLY THAT COULD TELL THE HISTORY OF THE WORLD</strong></p>
<p>Le Mexique est l&rsquo;un des 17 pays dit mégadivers qui abritent à eux seuls,  près des trois quarts de la diversité biologique terrestre. Parmi les espèces mexicaines emblématiques particulièrement menacées se trouve le Monarque, dont la population a chuté jusqu’à 97 % en une décennie. Deux fois par an, ce papillon migrateur parcourt, par groupe de millions d’individus, plus de 4000 kilomètres au départ du Canada pour hiberner au sud, principalement dans le centre du Mexique. Bien qu’il pèse moins d’un gramme et mesure une dizaine de centimètres seulement, le papillon monarque raconte à lui seul l’histoire de notre monde et l’effondrement en chaîne de tous les écosystèmes du continent américain.</p>
<p>Le projet d’installation vidéo de l’artiste Minerva Cuevas prend place au cœur de la réserve de biosphère du papillon Monarque de l’État du Michoacán. Chaque automne, près d’un milliard d’entre eux viennent colorer les forêts de sapins oyamel. L’artiste révèle les aspects les moins connus de leur écosystème comme le déclin des fleurs d’Algodoncillo et de cempazúchitl, oranges elles aussi. Essentielles aux pollinisateurs, ces plantes herbacées, comme près de 140 autres espèces du groupe des asclépiades, disparaissent aujourd’hui sous l’effet du glyphosate associé aux cultures transgéniques du middle west américain. L’artiste valorise par ailleurs le rôle essentiel des communautés autochtones qui les protègent.</p>
<p>Longtemps, dans les traditions locales Náhuatl et Purépecha, on pensait que l’âme des morts voyageait dans la couleur orangée des ailes de ces papillons qui arrivaient chaque année au Mexique lors des célébrations de la traditionnelle fête des morts. Le film sera accompagné d’une musique originale du compositeur Pablo Salazar.</p>
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<p><strong>Décrivez votre environnement actuel : comment vivez-vous cette ère de covid-19</strong> <strong>? </strong></p>
<p>Comme tous mes voyages professionnels ont été annulés, je ne quitte plus mon studio de Mexico City. C’était mon appartement à l‘origine, donc il y a beaucoup d’espace pour vivre et travailler. L’immeuble est situé dans le Centre historique, un lieu très vivant. J’ai donc pu observer les rues se vider de leurs activités commerciales.</p>
<p>Mon studio est un bel espace, avec une vaste bibliothèque, agréable pour travailler, mais je commence à être fatiguée de regarder des écrans. En étant à l’intérieur si longtemps, j’ai commencé à nourrir un nombre toujours grandissant d’oiseaux de ville depuis ma fenêtre.</p>
<p><strong>Est-ce que cette situation a influencé votre pratique artistique</strong> <strong>?</strong></p>
<p>J’ai lu des articles qui analysent la situation et les potentielles conséquences de cette crise. C’est intéressant de voir les contrastes entre les points de vue scientifiques et les approches politiques. Malheureusement, je suis habituée à évaluer et être témoin de beaucoup d’autres tragédies environnementales et sociales, donc je perçois le covid-19 comme faisant partie d’une crise plus large.</p>
<p><strong>Pouvez-vous nous parler d’un événement qui a changé votre rapport à la nature et la biodiversité ? </strong></p>
<p>J’ai serré la main d’un singe lors d’un voyage au Paraguay.</p>
<p>A part cela, je dirais que, malgré le fait d’être née à Mexico City, je viens d’une famille indigène de la région Mixtèque d’Oaxaca, donc j’ai fait l’expérience d’une enfance très fortement liée à l’agriculture et les animaux mais aussi les modes de vie communautaires dans les zones rurales.</p>
<p><strong>Comment avez-vous été amenée à travailler sur le papillon Monarque</strong><strong> ?</strong></p>
<p>Ce projet est, et en même temps n’est pas, à propos des papillons Monarques. Le film se concentre sur ces autres éléments de la biodiversité qui maintiennent la vie et les conditions de migrations des Monarques.</p>
<p>Michoacán est une zone qui m’intéresse depuis longtemps notamment par sa grande biodiversité qui dépend beaucoup des lacs de la région. C’est cet écosystème spécifique qui amène les Monarques à s’y arrêter. J’ai aussi suivi les écrits de Donna Haraway : elle est récemment venue à Mexico City et Michoacán pour donner des conférences et visiter le sanctuaire Monarque, ce fut une coïncidence et un grand plaisir de pouvoir échanger un peu avec elle. Je pense que ses écrits à propos des liens de parenté sont extrêmement pertinents de nos jours. J’adore sa perspective, qui est profondément scientifique et très sensible en même temps. Son libre <em>Staying with the Trouble</em> inclut tout un chapitre à propos de la politique de l’eau à Mexico et Michoacán, et la belle histoire du lien entre les communautés paysannes et le papillon. Cet échange m’a conduit à m’investir dans des recherches plus poussées et plus spécifiques.</p>
<p><strong>Dans la plupart de vos travaux, on peut voir une critique amère des structures aux pouvoirs économiques et politiques, alors que dans ce projet, vous étudiez un écosystème spécifique : est-ce que cela montre un renouveau de votre intérêt dans la relation avec les macros et les micro éléments ? </strong></p>
<p>Il n’y a rien de plus important dans l’économie actuelle et la politique globale que les ressources naturelles épuisées, que ce soit l&rsquo;eau, les forêts, les minéraux, l&rsquo;agriculture ou le pétrole. Tous les processus de colonisation de la nature et des sociétés indigènes également. Je pensé que de nos jours, il est de plus en plus évident que ces sphères sont liées entre elle et entraînent l’impact négatif d’entités extractives.</p>
<p>Au contraire, je trouverai l’opposé vraiment étrange – à savoir ne pas penser au politique et à l’oppression lorsque l’on parle d’écologie. Je vois mon travail comme un exercice intellectuel et esthétique quand les solutions formelles et les références sont diverses, mais tout est aussi lié aux recherches que je conduis. J’entends recherches ici pas seulement comme de la lecture de documents mais aussi comme des échanges très spécifiques avec des savants et des communautés. Cela inclut toujours des positions politiques diverses et cela renvoie toujours le reflet du monde dans lequel nous vivons, en comptant aussi ce qui n’est pas toujours documenté.</p>
<p><strong>Quel est votre engagement environnemental en tant qu&rsquo;artiste et citoyenne ?</strong></p>
<p>Il est écologique et pas seulement environnemental, il est donc très vaste. Ma vie et mon travail se situent dans un même espace, où l’éthique et la politique sont un seul et même acte qui gouverne chacune de mes décisions, qu’elles soient esthétiques ou personnelles.</p>
<p><strong>Comment imaginez-vous le monde qui vient ?</strong></p>
<p>Je dis souvent que le futur était hier. Le futur c’est l’action, les actions que nous avons réalisées hier et aujourd’hui, pour moi ce n’est pas une projection imaginaire. Nous le construisons, nous nous battons pour lui. Aujourd’hui, je pense que ce concept est particulièrement éloigné de la notion d’utopie, par exemple. La crise écologique est tellement avancée que tout est devenue beaucoup plus immédiat et urgent. Il n’y a pas de place pour l’utopie alors que nous devons gérer l’urgence maintenant.</p>
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<p><em>Image à la une : © JHVEPhoto. Monarch butterflies drinking water.</em></p>
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		<title>Prix COAL 2020 : Les nommé·es</title>
		<link>https://projetcoal.org/prix/prix-coal-2020-2/</link>
		
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		<pubDate>Wed, 15 Apr 2020 15:24:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[PRIX COAL]]></category>
		<category><![CDATA[Prix COAL]]></category>
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		<title>Prix COAL 2020 : une édition sur le vivant</title>
		<link>https://projetcoal.org/prix/prix-coal-2020/</link>
		
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		<pubDate>Tue, 11 Feb 2020 22:18:51 +0000</pubDate>
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